Le FIM assure le financement de projets d’énergies propres portés par des PME des pays en développement. Ses expériences latino-américaines permettent de dégager quelques critères de réussite : l’environnement réglementaire doit être favorable, le gestionnaire de fonds expérimenté, les outils financiers adaptés au contexte, etc. Les bailleurs de fonds devraient jouer leur rôle de catalyseurs d’investissement.

Cet article est extrait du numéro 6 sur Capital investissement et énergies propres

Le Fonds d’investissement multilatéral (FIM) vise notamment à améliorer l’accès des populations aux services de base – dont l’énergie propre – en Amérique latine et dans les Caraïbes, où 40 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité et 83 millions utilisent la biomasse traditionnelle (Agence internationale de l’énergie – AIE, 2002 et 2009). Pour accomplir sa mission, le FIM utilise depuis 1996 des fonds de capital-investissement qui investissent dans des petites et moyennes entreprises (PME).

En outre, investir dans l’efficacité énergétique permettrait de réduire la consommation d’énergie de 10 % sur les 10 prochaines années, et ainsi d’économiser 37 milliards de dollars en investissements différés (BID, 2009). Le développement de technologies de pointe pourrait également contribuer à la diversification des économies et à créer des emplois. Cependant, le capital-investissement ne pourra pas, à lui seul, engendrer de tels changements : la construction des infrastructures nécessaires à ces évolutions requiert des investissements dépassant les capacités de mobilisation des fonds. Les PME actives dans le secteur des énergies propres peuvent néanmoins contribuer à ces changements en commercialisant les nouvelles technologies et en répondant à la demande des consommateurs.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les nouveaux investissements en capital-investissement en Amérique latine et dans les Caraïbes ont atteint 590 millions de dollars en 2008 – dont 10,7 millions ont été fournis par le FIM (PNUE et alii, 2009). Plus de 90 % de cette somme ont été investis au Brésil1, principalement sous forme de capital-investissement destiné à développer la production d’éthanol. Pourtant, d’autres opportunités d’investissement existent ailleurs, surtout dans des pays comme le Chili, le Pérou, le Mexique et le Costa Rica, qui modifient leurs réglementations de façon à favoriser l’investissement et développer leurs capacités de production d’énergie renouvelable.

Le FIM a joué un rôle de catalyseur en attirant des investissements, notamment en Amérique centrale et dans les pays andins où les entreprises rencontrent des difficultés à accéder au crédit. Ce rôle de catalyseur permet au FIM de lever, auprès d’autres institutions financières de développement, d’investisseurs institutionnels et d’investisseurs privés, quatre fois plus de fonds qu’il n’en investit lui-même.

Un rôle pionnier dans le financement des énergies propres

Depuis 1996, le FIM a engagé 18,5 millions de dollars dans sept fonds de capital-investissement ; chacun de ces fonds a investi au moins une partie de son capital dans l’énergie propre, soutenant  ainsi 43 PME spécialisées dans ce secteur. La moitié environ de ces PME se trouve en Amérique centrale ou en Bolivie. Le FIM a également joué un rôle pionnier en devenant l’investisseur de référence dans quatre fonds dédiés exclusivement à l’énergie propre. Ces investissements ont été réalisés par le biais de fonds2 tels qu’E+Co LAC, FLACES et CAREC.

Sous l’impulsion d’E+Co – une organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans l’énergie  propre basée aux États-Unis – et avec l’aide du FIM, le fonds E+Co LAC a été créée en 1996. Il s’agit d’un fonds pilote, doté de 4,3 millions de dollars (dont 2,3 millions ont été apportés par le FIM), visant à investir en Amérique centrale,  en Bolivie et au Mexique via l’utilisation decrédits d’assistance technique renouvelables destinés  à permettre le développement de projets innovants. Grâce à cette première expérience, E+Co a acquis une expertise en gestion de fonds. En dépit de cette phase pilote, E+Co LAC a pu rembourser le FIM et lui verser des dividendes. Tecnosol, une PME spécialisée dans l’énergie renouvelable opérant au Nicaragua, a été l’un des investissements d’E+Co LAC. Cette société fournit des systèmes d’énergie solaire aux particuliers de 60 watts (W) environ pour un coût unitaire moyen de 660 dollars, des aérogénérateurs et de petits générateurs hydroélectriques à faible coût pour le pompage et l’irrigation. La société sert des clients n’ayant pas accès au réseau électrique – au Nicaragua, 30 % de la population n’ont pas accès à l’électricité – ainsi que des personnes souhaitant faire des économies d’énergie. Après qu’E+Co LAC s’est désengagée de Tecnosol en 2004, le FIM lui a renouvelé son soutien financier  via son Social Entrepreneurship Program et indirectement via le fonds CASEIF II. Ces nouveaux investissements se justifiaient par l’importance de la demande à laquelle la société pouvait prétendre répondre après un renforcement de ses structures opérationnelles. Depuis sa création, Tecnosol a équipé 280 000 personnes en installant plus de 48 000 systèmes d’énergie renouvelable ; ces équipements ont permis d’éviter l’émission de 1 539 tonnes de dioxyde de carbone. La société emploie 72 personnes et a créé plus de 65 emplois.

E+Co a mis en pratique les leçons tirées de ses premières expériences lors de la levée et la gestion de son second fonds nommé CAREC. Ce fonds, qui n’est pas un fonds de capital en tant que tel,  propose ainsi des financements de type « mezzanine » pour les PME. Il dispose d’une capitalisation totale de 17 millions de dollars, dont 5 millions en fonds propres engagés par le FIM. CAREC est l’un des seuls organismes financiers ciblant les petits projets d’énergie propre en Amérique centrale. S’il bénéficie des avantages de cette situation de « premier entrant », il supporte également les risques qui y sont associés3. La Esperanza, une petite centrale hydroélectrique de 13,5 mégawatt (MW) située à Intibucá, au Honduras4, a bénéficié des financements de CAREC. En 2007, CAREC a réalisé un investissement en quasi-fonds propres pour permettre à la centrale d’améliorer ses infrastructures – ce qui a permis de créer 75 emplois et de fournir de l’électricité à 10 000 foyers. La centrale a réduit de plus de 90 000 tonnes les émissions de dioxyde de carbone, engendrant ainsi des revenus supplémentaires.

Le FIM a également investi, par le biais du fonds FLACES, dans l’efficacité énergétique, donnant ainsi une impulsion au développement de ce secteur en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ce fonds a été créé en 2001 avec pour mission d’investir dans des PME innovantes, opérant en tant que sociétés de services énergétiques, ou employant des technologies propres permettant de renforcer l’efficacité énergétique et, donc, de réduire les émissions de dioxyde de carbone. Doté d’une capitalisation totale de 31,7 millions de dollars, dont 10 millions ont été engagés par le FIM, le fonds a notamment investi dans Optima Energia, une PME opérant au Mexique, fournissant des solutions d’économie d’énergie aux hôtels. En révisant les modèles de consommation énergétique de plus de sept hôtels, Optima Energia leur a permis d’opérer des économies importantes qui ont ensuite servi à payer les services de cette dernière.

Leçons tirées de l’expérience

De ces expériences, il est possible de tirer quelques leçons utiles.

Tout d’abord, il est évident qu’un « écosystème » favorable est essentiel pour investir avec succès dans le secteur des énergies propres. C’est particulièrement vrai pour le capital-risque et le capital investissement (Figure 1).

le capital risque

Des problèmes de réglementation et des retards dans l’octroi des permis peuvent avoir un impact sur les investissements en énergie propre ; plusieurs pays latino-américains, d’ailleurs, ont récemment modifié leur réglementation pour favoriser les investissements. En 2008, le Pérou a voté une loi exigeant que 5 % de la production électrique proviennent de ressources renouvelables sur les cinq prochaines années, prévoyant des incitations  financières : tarif de rachat préférentiel, contrats d’achat d’énergie5 sur 20 ans, etc. Le  Chili a voté une loi exigeant que 10 % de l’énergie alimentant les générateurs électriques de plus de 200 MW proviennent de sources renouvelables. Le Mexique a signé un décret prévoyant un plan national en matière d’énergie renouvelable qui pourrait fixer à 16 % la part des énergies propres ; par ailleurs, un fonds de 230 millions de dollars investira tout prochainement dans des projets sur ce secteur. Le Brésil, la Colombie, l’Argentine et le Pérou soutiennent – par le biais de dispositifs législatifs – le développement des biocombustibles.

Une des autres clés de réussite identifiée est l’expérience des partenaires. La compétence du gestionnaire de fonds est l’élément garantissant la qualité du fonds et de son flux d’affaires. La difficulté est d’ajouter aux impacts sociaux et environnementaux des investissements opérés, des rendements financiers satisfaisants. Les gestionnaires de fonds doivent disposer d’une expertise financière et d’une expérience en énergie propre ; ils doivent par ailleurs être désireux de s’investir durablement dans le domaine du capital-investissement. Si les ONG, seules, ne sont généralement pas de bons gestionnaires de fonds, les fonds de capital-risque et de capital-investissement peuvent travailler en partenariat avec elles en leur fournissant une assistance technique. Certaines ONG telles que E+Co ont réussi à devenir des gestionnaires de fonds après avoir tiré les leçons de leurs premières expériences. Si elles veulent réussir dans ce domaine, les ONG doivent ainsi endosser un rôle de financiers et renoncer à leur culture de dons.

Le choix des instruments financiers les plus adaptés, qui vient avec l’expérience, est également très important. Les mécanismes combinant une subvention d’assistance technique et un investissement en fonds propres peuvent convenir aux PME engagées dans le secteur des énergies propres. Les subventions peuvent être utilisées pour financer le développement de concepts prometteurs. Elles permettent d’éviter des pertes sur des concepts qui n’aboutiraient pas et de préserver ainsi le capital de la société. En revanche, si un concept devient un produit commercialisable, la société rembourse le montant de la subvention. Pour E+Co en 1996, ce choix a été pertinent, car sur 11 subventions, seulement quatre ont été remboursées. La composante « fonds propres » du fonds peut, quant à elle, être utilisée pour investir dans des concepts réellement commercialisables.

S’agissant de la taille des fonds, si le capital risque peut investir dans de petits projets d’énergies propres, les fonds de capital-investissement dotés de capitalisations plus importantes constituent généralement de meilleurs outils d’investissement pour des projets requérant des investissements importants. Un mix d’instrument financiers, incluant les fonds propres, les quasi-fonds propres et les prêts doit être privilégié pour investir sur les marchés qui ne sont pas encore complètement matures. En effet, sur ces marchés, la plupart des entrepreneurs sont méfiants à l’égard d’un investissement en fonds propres et ne souhaitent pas vendre des actions de leurs sociétés à un fonds de capital risque ou de capital-investissement. Par ailleurs,les cadres règlementaires et juridiques peuvent ne pas bien protéger les actionnaires. Dans ce contexte, l’investissement en quasi-fonds propres permet au gestionnaire de fonds et à l’entrepreneur de faire connaissance, d’apprendre à se faire confiance et de reporter les discussions sur la valeur de la société à plus tard, lorsque le gestionnaire de fonds sera plus familier avec la société et qu’il aura pu l’évaluer de façon plus précise.

Les stratégies de sortie sont également à ne pas négliger, particulièrement en Amérique latine et dans les Caraïbes où les marchés financiers ne sont pas propices aux introductions boursières. Une vente stratégique à une autre société constitue  l’option de sortie la plus courante. Par conséquent, dans une industrie de technologie de pointe telle que les énergies propres, disposer de réseaux de contacts importants est essentiel pour identifier des investisseurs stratégiques et se créer des opportunités de sortie. Investir en quasi- fonds propres constitue une autre option, car cela ne nécessite pas nécessairement de stratégie de sortie. Cela s’est révélé pertinent par exemple pour E+Co LAC, lorsque le fonds s’est désengagé de Tecnosol en 2004.

Le secteur de l’énergie propre est en cours de développement en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les bailleurs de fonds, en prenant en compte les leçons tirées de l’expérience, devraient accorder davantage d’attention aux fonds de capital-risque et de capital-investissement, en particulier dans les pays ne disposant pas de secteur financier développé. Leur rôle de catalyseurs est essentiel pour attirer des investisseurs privés. Ils devraient également travailler avec les gouvernements pour améliorer l’environnement règlementaire. En outre, les entrepreneurs tireraient profit de formations spécialisées que pourraient leur fournir les bailleurs de fonds étant donné qu’ils ne comprennent pas toujours la nécessité de structurer leurs sociétés et l’utilité des investisseurs en capital.

Notes de bas de page :

1 Le Brésil est le plus grand marché d’énergie renouvelable du monde, à la fois du fait de sa capacité hydroélectrique et de sa production d’éthanol.
2 E+Co gère à présent des fonds en Asie et en Afrique, et a remporté le prix annuel de l’ONU et de la Clinton Giustra Sustainable Growth Initiative en reconnaissance de son travail.
3 Sur les risques des investissements « pionniers », on consultera l’article de Duncan Ritchie de ce numéro de Secteur privé et développement.
4 Le Honduras est l’un des pays les plus pauvres de la région ; plus de 30 % de la population vit sans électricité.
5 Un contrat d’achat d’énergie est un contrat légal conclu entre un fournisseur et un acheteur d’électricité, en vertu duquel le fournisseur garantit le financement d’un projet, maintient et contrôle la production énergétique et vend l’électricité à un prix contractuel pour la durée du contrat.

Références / AIE, 2002. World Energy Outlook, AIE-OCDE, rapport. / AIE, 2009. World Energy Outlook, AIE-OCDE, rapport. / BID, 2009. Life in an Uncertain Climate, BID, chroniques et articles publiés sur Internet. / PNUE, SEFI, NEF, 2009. Global Trends in Sustainable Energy Investment – Analysis of Trends and Issues in the Financing of Renewable Energy and Energy Efficiency, PNUE, rapport.