La Zambie reste une destination peu connue dont l’attrait touristique se résume aux chutes Victoria et à une faune sauvage et diversifiée. Si l’importance du tourisme est reconnue par les autorités zambiennes, le secteur est victime de préjugés. Pourtant, une analyse détaillée semble montrer que les fuites financières sont surévaluées, que les retombées économiques sont mal perçues et que le tourisme pourrait participer encore plus au développement économique.

Cet article est extrait du numéro 7 sur le tourisme

En Zambie, le rôle économique du tourisme a été formellement reconnu en 1996 – lorsqu’il a été repositionné du secteur social au secteur économique – et s’est renforcé encore lorsqu’il a été mentionné pour la première fois dans le document de stratégie pour la réduction de la pauvreté de 2001 2. Le gouvernement de Zambie identifie désormais le tourisme comme l’un des quatre secteurs essentiels au développement économique du pays, aux côtés de l’agriculture, de l’exploitation minière et de l’industrie manufacturière.

Il n’en reste pas moins que le secteur touristique est négligé. Considérant que ce secteur, dominé par les sociétés étrangères, souffre d’un fort degré de fuite financière, le gouvernement ne lui accorde qu’un soutien financier limité (Tableau 1). Ansi, la Zambia Wildlife Authority (ZAWA) et le ministère du Tourisme, de l’Environnement et des Ressources naturelles disposent de faibles moyens et font état de médiocres performances – en particulier en matière de conservation du patrimoine naturel et de développement touristique.

Comparé à d’autres pays similaires, le secteur privé zambien est de petite taille, fragmenté. Méfiant à l’égard de l’État, les opérateurs du secteur déplorent régulièrement le coût élevé des charges opérationnelles, de charges fiscales et de coûts de production. Nombre d’entre eux sont désormais convaincus que le taux de croissance actuel du secteur touristique ne durera pas si le gouvernement ne s’engage pas plus et s’il ne définit pas une orientation stratégique claire.

Du fait de la faiblesse de l’appui financier de l’État et de la faible implication du secteur privé, le secteur du tourisme en Zambie est sous-performant et ne représente que 3 % des touristes visitant l’Afrique subsaharienne (Tableau 1). Malgré tout, le tourisme en Zambie représente une importante source de revenus et d’emplois et devrait susciter plus d’intérêt. Une analyse détaillée montre non seulement que les retombées économiques du tourisme sont plus importantes qu’il n’y paraît, que les fuites financières sont surévaluées, mais également que le secteur peut contribuer à la réduction de la pauvreté à moindre coût.

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Impacts économiques perçus versus impacts économiques réels

Le tourisme – et en particulier le tourisme de nature, qui est basé sur l’observation et l’appréciation de l’environnement – apporte une contribution importante à l’économie. Alors que 668 862 visiteurs internationaux sont arrivés en Zambie en 2005, seuls 176 000 relèvent de la catégorie du tourisme de nature. Mais chacun d’entre eux a dépensé environ 1100 dollars, générant un impact direct et indirect équivalent à près de 2300 dollars de PIB 3, 1300 dollars pour les salaires et le revenu net des entreprises, 420 dollars pour les recettes fiscales et 425 dollars pour les importations (Natural Resources Consultative Forum – NRCF, 2007). Trois touristes de nature génèrent un emploi à plein temps.

Si l’on se contente d’analyser l’impact direct, le niveau de dépenses des touristes de nature représente une valeur à l’exportation4  de 194 millions de dollars, soit 3,1 % du PIB (Banque mondiale, 2007). Par conséquent, la contribution du tourisme au PIB est bien plus élevée, de l’ordre de 6 à 10 %. À titre de comparaison, le secteur minier contribue au PIB à hauteur de 8,6 %, l’agriculture pour 6,5 % et 10,6 % pour l’industrie manufacturière (Banque mondiale, 2007). Au total, le tourisme de nature a représenté près de 16 % des exportations de la Zambie, 6,5 % de son PIB, plus de 6 % des salaires et du revenu net des entreprises, 7 % des recettes publiques et près de 10 % des emplois du secteur formel, soit 54 000 emplois (NRCF, 2007).

On estime que la contribution directe à l’emploi du tourisme de nature (qui représente un quart des visiteurs internationaux en 2005) s’élève à 19 000 postes. Ce chiffre doit être mis en relation avec ceux de l’agriculture – qui génère 56 000 postes –, de l’exploitation minière – 46 000 postes – et de l’industrie manufacturière : 56 000 postes (Zambia Central Statistical Office – ZCSO, 2007). Lorsque l’on compare l’impact économique réel et l’impact perçu par le gouvernement (Tableau 2), il semble évident que l’impact du tourisme est largement sous-évalué. Si seulement 176 000 touristes de nature ont eu un tel impact sur l’emploi, il est clair que les 668 862 visiteurs enregistrés en 2005 ont eu un impact qui dépasse largement les objectifs du cinquième programme national de développement pour 2010.

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Opportunités manquées de réduction de la pauvreté

RevueSPD7_Tourisme_FR8.jpgLe tourisme de nature semble être un outil de réduction de la pauvreté sous-exploité. Les ménages établis à proximité des parcs naturels sont généralement 30 % plus pauvres que les ménages ruraux moyens (Banque mondiale, 2007). Le tourisme de nature ne peut contribuer à la réduction de la pauvreté que si une plus grande part des revenus de la chasse est redistribuée au sein des communautés vivant dans les zones de gestion de la faune (Game Management Areas)5. Toutefois, une simple augmentation de la part des revenus allouée aux communautés ne réduira pas nécessairement la pauvreté : ce sont les membres de l’élite qui profitent actuellement le plus des mécanismes de partage des revenus de ces zones, non pas les ménages les plus pauvres (Tableau 3). Il faut donc qu’une portion plus importante des revenus de la chasse soit spécifiquement redistribuée aux ménages pauvres.

Avantages des prestataires de services étrangers

En Zambie, le secteur du tourisme est dominé par des petites et moyennes entreprises. Si la majorité des lodges appartiennent à des groupes étrangers, les chambres d’hôtes sont généralement détenues par des zambiens. À l’exception du groupe sud-africain Sun International à Linvingstone, les opérateurs du tourisme en Zambie dépendent de prestataires étrangers pour les services comme la représentation, le marketing, l’assurance et la desserte aérienne. Il ne s’agit pas de fuites pour l’économie zambienne, mais bien d’achat de services indispensables à la promotion de la Zambie à l’étranger, sans lesquels le pays ne tirerait aucun avantage du tourisme international. Ce n’est pas parce que tous les bénéfices dégagés par la chaîne de valeur touristique ne reviennent pas intégralement au pays hôte que le secteur perd de son intérêt économique.

Selon la Banque mondiale (2007), chaque vacancier dépense en moyenne 1100 dollars en Zambie, un chiffre honorable comparé à d’autres pays (405 dollars au Kenya, 1105 dollars en Tanzanie et 879 dollars en Afrique du Sud). Sur cette somme, on constate une fuite d’environ 200 dollars en raison des importations de produits qui ne sont pas disponibles en Zambie (Banque mondiale, 2007). Mais la Zambie reste relativement peu concernée par les fuites liées au rapatriement des bénéfices, car le secteur du tourisme est dominé par des opérateurs de petite taille, pour la plupart zambiens. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la participation de sociétés étrangères génère plus d’activité locale et de liens entre les acteurs du secteur que de fuites financières.

La Zambie a attiré les investisseurs étrangers grâce à son accès aux marchés étrangers ; en même temps, on constate une forte hausse du nombre d’entreprises zambiennes associées au secteur du tourisme. Dans le corridor Livingstone-Kazungula, si peu d’investisseurs locaux s’intéressent aux parcs nationaux en raison des risques et des délais de retour sur investissement associés à ces placements, ils sont très présents dans le secteur hôtelier, détenant environ 65 % des hébergements (Suich et alii, 2005). Plus concentré dans les zones urbaines, cet aspect de l’activité est plus stable.

Recommandations au gouvernement

Afin d’éliminer les freins à la croissance du secteur, la Zambie doit développer un programme qui comprend à la fois des objectifs sectoriels, une amélioration des systèmes de collecte et de gestion des données, un développement équilibré des circuits touristiques du pays, mais aussi la construction d’infrastructures routières, aériennes, de télécommunication et d’électricité. Un cadre politique et réglementaire doit être établi, permettant de formuler des normes, de mettre en place des capacités d’octroi de licence et de formation, d’améliorer le marketing, de gérer et de réglementer le secteur afin de favoriser les investissements privés.

La Zambie pourrait accueillir beaucoup plus de touristes. Elle est freinée par des infrastructures relativement peu développées et par un climat d’investissement morose qui en font une destination chère. Le pays est éloigné des ports et des aéroports internationaux, et les prix des carburants et des marchandises importés sont élevés – le tourisme en est fortement dépendant, puisque le secteur manufacturier local est très peu développé. La mise en place d’infrastructures, l’amélioration du climat d’investissement par le biais d’une réduction du nombre de licences, d’exonérations de TVA et d’exemptions de visas sont nécessaires si le pays veut attirer des investissements importants à même de générer des économies d’échelle. Les grands établissements hôteliers sont essentiels pour attirer les touristes vers une destination ; investir dans ces établissements contribuerait directement à renforcer la participation locale et à développer une chaîne d’approvisionnement qui consoliderait les liens entre le tourisme et l’économie locale. L’investissement de Sun International à Livingstone, par exemple, s’est traduit directement par 60 000 visiteurs supplémentaires, la création de 1000 emplois et une hausse des bénéfices de 16 millions de dollars (Banque mondiale, 2007).

Il faut aussi améliorer la performance financière des réserves animalières, en renforçant les investissements du gouvernement dans ce secteur. Les recettes fiscales générées en 2005 par les touristes de nature internationaux visitant les parcs nationaux se situaient entre 5 et 8 millions de dollars, un montant largement supérieur au budget de 1 million de dollars alloué par l’Etat à la ZAWA. Il serait justifié de porter le budget de la ZAWA au niveau des recettes fiscales générées : il s’agirait alors d’un réinvestissement dans le capital touristique, autrement dit dans les espèces sauvages, vues comme une source de croissance économique. La ZAWA doit améliorer ses performances et sa rentabilité, en optimisant en particulier la collecte des revenus et en adoptant une gestion plus efficace. Il faut repenser la gouvernance et la gestion des zones de gestion de la faune et recourir de plus en plus aux partenariats public-privé, transférant ainsi vers le secteur privé les frais quotidiens associés à la gestion des zones hébergeant des espèces sauvages.

La contribution du tourisme au PIB est honorable par rapport à celle d’autres secteurs mieux établis. Pour les autorités zambiennes en quête de sources de croissance économique durable, le tourisme est un bon choix. Avec une bonne gestion et des mesures d’incitation efficaces, le secteur privé pourrait davantage contribuer au développement de ce secteur – donc à la croissance  économique et à la réduction de la pauvreté.

Notes de bas de page :

¹ Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du groupe de la Banque mondiale. En 2005, le Zambia National Tourist Board a enregistré 668 862 visiteurs internationaux, dont 205 975 ont déclaré être entré dans le pays pour des vacances. Cet article s’appuie sur les résultats d’une enquête réalisée auprès d’un panel de ces vacanciers et ne peut donc se substituer à une analyse de l’impact économique global de l’industrie du tourisme en Zambie.
² Les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté décrivent les politiques et programmes macroéconomiques, structurels et sociaux d’un pays sur une période de trois ans (ou plus). Ils sont préparés par les pays membres dans le cadre d’un processus participatif impliquant les parties prenantes du marché national et les partenaires du développement, comme la Banque mondiale et le FMI.
³ L’effet « multiplicateur » du tourisme est donc de 2,1.
4 En comptabilité économique, les dépenses des touristes appartiennent à la catégorie des exportations en raison de leur équivalent en devises.
5 Les Game Management Areas sont des zones situées autour des parcs nationaux, englobant des villages et de petites exploitations agricoles. Elles visent à conjuguer la préservation de la nature et l’autonomisation économique. On en dénombre actuellement 35 en Zambie.

Références / Banque mondiale, 2007. Economic and Poverty Impact of Nature-based Tourism, rapport n°43373-ZM. / NRCF, 2007. The Real Economic Impact of Nature Tourism in Zambia, rapport. / Suich, H., Busch, J., Barbancho, N., 2005. Economic Impacts of Transfrontier Conservation Areas: Baseline of tourism in the Kavango-Zambezi TFCA, Conservation International South Africa, rapport n°4. / OMT, 2004. Baromètre du tourisme mondial.  / ZCSO, 2007. Statistiques de l’emploi