Au-delà d’une simple opportunité, l’investissement dans les juniors du secteur minier peut être un catalyseur pour la croissance en Afrique. Les juniors permettent la mise en exploitation de nouveaux gisements ; malgré les variations du marché des matières premières, elles savent mobiliser le capital-risque. African Lion a par ailleurs mis en place une démarche d’investissement originale et exigeante les concernant, qui favorise le développement durable du secteur.

Les juniors minières offrent, en ce qui concerne les phases d’exploration et de développement, des opportunités d’investissement alliant risques élevés et fortes rémunérations. Les grandes sociétés minières, elles, tendent à privilégier les acquisitions et se méfient des risques associés aux premières phases ; elles s’en remettent donc aux juniors pour constituer le portefeuille de projets.

African Lion (AFL), investisseur actif dans le secteur minier africain, est particulièrement motivé par les opportunités d’investissement qu’offrent les juniors. Sa démarche d’investissement, basée sur une très bonne connaissance du secteur, privilégie les phrases précoces du cycle – où les valorisations sont plus attrayantes – et la revente de ses participations vers le haut de cycle des projets. Outre les opportunités offertes aux investisseurs, les juniors du secteur peuvent jouer un rôle de catalyseur pour la croissance en Afrique. Présentes sur l’ensemble du continent, elles sont souvent à l’avant-garde des projets de développement.

Les entreprises originaires d’économies émergentes sont de plus en plus présentes dans le secteur minier africain. Bien que cela accentue la concurrence pour les compagnies minières occidentales, l’arrivée d’investisseurs des pays émergents redynamisera le secteur. Au final, cela pourrait profiter aux investisseurs privés tout en contribuant à la croissance économique des pays africains.

Positionnement des juniors en Afrique

Les juniors jouent un rôle vital dans les projets d’exploration et d’extraction à hauts risques en Afrique. De par leurs investissements, elles contribuent à la mise en exploitation de nouveaux gisements et concourent ainsi au développement du secteur. Sans leurs apports, les projets seraient peu nombreux. Les juniors sont souvent gérées par des personnes techniquement très qualifiées, qui ont fait leurs classes dans les grandes sociétés minières.

Les juniors se financent principalement sur les marchés actions nord-américains, européens et australiens, où elles peuvent accéder à des capitaux privés. De manière générale, leur financement est cyclique et dépend fortement du marché fluctuant des matières premières. De ce fait, l’activité d’exploration – et donc les activités sur site – est soumise à de fortes variations. Les entreprises du secteur (et en particulier les juniors) ont plus de facilités à accéder au capital-risque dans le haut du cycle minier. C’est surtout vrai pour les matières premières très recherchées pour lesquelles le marché est toujours à l’affut de nouvelles opportunités, comme l’a montré l’envolée des cours de l’uranium entre 2003 et 2007. Actuellement, on observe un fort appétit pour les entreprises spécialisées dans l’extraction de l’or, ce qui profite à celles qui sont actives dans l’exploration et l’exploitation en Afrique.

Les juniors alternent généralement les stratégies : de l’exploration, elles se spécialisent ensuite dans le développement puis dans la production, ou peuvent aussi choisir de porter un projet jusqu’au stade où il peut être vendu à un développeur – quand ce n’est pas la société elle-même qui est cédée. Les juniors savent saisir les opportunités de développement en phase précoce, alors que les grandes sociétés sont souvent gênées par des frais d’établissement élevés. Du coup, elles peuvent préférer soutenir des juniors, en renforçant leurs fonds propres ou en investissant dans un projet spécifique. Elles peuvent aussi choisir de prendre totalement le contrôle d’une société, en particulier lorsque l’importance du projet est démontrée ou que des synergies spécifiques sont possibles.

Les majors se positionnent la plupart du temps sur des matières premières ou des zones géographiques précises ; elles tendent à éviter les pays réputés risqués (tels que le Zimbabwe, le Soudan, l’Érythrée). Cette stratégie les a parfois conduites à abandonner des programmes d’exploration et à ne pas poursuivre des projets présentant de bons résultats ou un solide potentiel d’exploration. Des projets pouvant être repris à moindre coût par les juniors. Malgré tout, de 2005 à 2009 l’Afrique a drainé environ 15 % des dépenses mondiales d’exploration (Metals Economics Group – MEG, 2009)1.

La moindre réputation des juniors modère souvent les attentes non réalistes en matière de structuration des projets, fréquentes avec les grandes sociétés minières. Les délais de montage des opérations peuvent être ainsi raccourcis. Les juniors peuvent également compenser les risques en sélectionnant soigneusement leurs partenaires locaux et en leur offrant des incitations appropriées.

La démarche d’investissement d’African Lion

invesstissement dans les juniors 1

African Lion investit en Afrique depuis 1999. Des trois fonds existant (Figure 1), AFL, le plus récent a été établi en 2008 avec un montant d’engagement de 79 millions de dollars. Les fonds sont financés par un groupe d’actionnaires, comprenant la société d’investissement australienne Lion Selection, le Commonwealth Development Corporation, la Banque européenne d’investissement, Proparco et le fonds spécialisé Botswana Insurance Fund Management.

Deux banques commerciales sud-africaines, Rand Merchant Bank et Investec, complètent le tour de table. Ce groupe d’investisseurs, demeuré très stable depuis 1999, a financé la création des trois fonds. Le fonds actuellement en activité, AFL, a investi au Maroc, en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda, en Tanzanie, au Liberia, en Côte d’Ivoire, au Ghana et en Tunisie.

Le cercle des actionnaires possède une solide expérience du continent africain, dont profite l’équipe de gérants d’AFL pour évaluer les investissements et enrichir les connaissances spécifiques à un pays. Les actionnaires sont engagés soit sous la forme de prêts, soit à travers l’apport de capitaux propres dans certaines participations du fonds. Tous les actionnaires fondateurs ont la possibilité d’être représentés au comité d’investissement du fonds (ils y sont encouragés par les dirigeants). Le processus d’investissement bénéficie ainsi de la grande diversité des expériences techniques et commerciales sur tout un ensemble de matières premières et de pays. Les actionnaires peuvent aussi signaler les opportunités d’investissement.
invesstissement dans les juniors 2African Lion a réalisé des investissements fructueux dans des sociétés spécialisées dans les toutes premières phases du cycle (exploration préliminaire). Mais le peu d’informations techniques dont on dispose à ce stade des projets rend l’investissement peu qualitatif African Lion fait attention, par ailleurs, à ne pas surcharger son portefeuille (stabilisé aux alentours de dix à douze participations) de façon à toujours pouvoir assurer la qualité de sa gestion. Nombre des investissements réalisés par AFL concernent soit un stade d’exploration avancé ou soit un stade précoce du projet (Figure 2).

En apportant un supplément de fonds et en introduisant des compétences d’administration ou de management appropriées, AFL s’efforce de créer de la valeur ajoutée et d’aider la société à atteindre la phase de développement du projet, à le vendre, ou bien à concrétiser la mise en place d’un partenariat.

African Lion investit tout aussi bien dans des sociétés cotées ou non. Lorsqu’il s’agit de sociétés non cotées, AFL appuie en général une stratégie d’entrée en bourse et aide la société à nouer des relations avec le monde de la banque et de l’intermédiation sur les différentes places boursières. Sauf exception, le fonds cherche à réaliser ses investissements au moment de la mise en production commerciale et suit un objectif de rendement de cinq à dix fois l’investissement initial. L’équipe d’AFL allie des compétences et de l’expérience en matière technique (génie géo-logique et minier) et financière (banque et intermédiation boursière). L’équipe a mis au point une procédure d’investissement qui requiert à la fois la compétence de ressources humaines de haut niveau, une technicité et une expertise irréprochables, ainsi qu’une analyse poussée des risques. La qualité des équipes est l’élément clé – il s’agit de minimiser le risque de réputation pour les actionnaires du fonds et pour ses dirigeants. L’équipe est aussi chargée d’évaluer les risques économiques, géologiques, opérationnels et de marché. Dans le cadre de l’étude pays, des collaborateurs d’AFL se rendent généralement sur le site du projet et rencontrent les principales parties prenantes. Un audit portant sur le contexte général du pays vient compléter celui consacré à la société. Il s’agit avant tout d’appréhender les risques environnementaux et politiques, ainsi que ceux liés à la réglementation et à la sécurité. Lors de cette mission, l’équipe rencontre des représentants du gouvernement et d’autres interlocuteurs clés (des comptables, des juristes, des opérateurs boursiers).

Les dirigeants et tous les actionnaires d’AFL tiennent particulièrement à ce que les sociétés dans lesquelles le fonds investit adoptent les meilleures pratiques en matière de santé, de sécurité, d’environnement et de développement social. Toutes s’engagent à respecter le Système de gestion environnementale et sociale (SGES) d’AFL, qui intègre les normes de performance de la Banque mondiale et de la Société financière internationale. S’il y a lieu, le fonds met à leur disposition des compétences et leur fait profiter de ses contacts. Les sociétés dans lesquelles le fonds investit doivent respecter l’ensemble de la législation et de la réglementation de leur pays de résidence et de leurs pays d’implantation. Elles sont tenues de fournir un rapport annuel au fonds sur cette question. Le fonds a une équipe dédiée au SGES, qui veille au respect de cette politique. En outre, les sociétés dans lesquelles le fonds investit doivent communiquer des informations sur leurs actionnaires de référence, dans le cadre de leur obligation de lutte contre le blanchiment.

Le modèle d’investissement d’AFL encourage aussi vivement les sociétés à trouver des partenaires locaux de qualité, aux tous premiers stades du projet. L’implication des partenaires locaux vise à soutenir un développement de long terme et permet en outre de renforcer l’intérêt de toutes les parties concernées à voir le projet se développer. L’impact de tels partenariats sur l’emploi local peut être réel, comme le montre l’exemple de Gallery Gold Ltd2 au Botswana. En 2000, les deux premiers fonds ont participé à hauteur de 5,6 millions de dollars au capital de cette société (soit 45 % du total). Alors qu’elle comptait 10 salariés à l’époque du premier investissement, elle en employait environ 350 au moment de la sortie du fonds en 2007. La société a construit par ailleurs des routes, des écoles et des hôpitaux.

Acteurs émergents et perspectives du secteur minier

Le secteur des juniors minières en Afrique représente un potentiel formidable pour les investisseurs privés ou pour les actionnaires de fonds. Il faut noter que des groupes chinois (soutenus par leur État ou par des provinces) y sont de plus en plus actifs3. S’ils ont initialement privilégié les entreprises, les projets et les contrats d’achats les plus importants, ils investissent de plus en plus dans des entreprises et des projets de moindre envergure. L’implantation de ces nouveaux acteurs dans des pays comme le Zimbabwe, où de nombreuses sociétés minières occidentales ne peuvent ou ne veulent pas investir, se révèle extrêmement profitable. De plus, des sociétés sudaméricaines et indiennes prennent pied en Afrique. Cette évolution commence à modifier la donne et constitue désormais une sérieuse concurrence pour les juniors occidentales.

Selon AFL, on devrait observer à l’avenir un important flux de fonds en provenance de Chine, d’Inde et d’Amérique du Sud s’orienter vers l’exploration sans craindre la prise de risque. La prochaine génération des juniors spécialisées dans l’exploration pourrait fort bien être dominée par les compagnies chinoises et indiennes, financées par des investisseurs institutionnels et des capital- risqueurs originaires de leurs pays.

Notes de bas de page

¹ Sur le continent, seule l’Afrique du Sud (3 %) se classe parmi les dix premières destinations en matière d’exploration.
² Gallery Gold Ltd est une junior australienne dont l’activité est tout entière axée sur l’exploration aurifère au Botswana.
³ Voir à ce sujet l’article de David Humphreys dans ce numéro de Secteur Privé et Développement

Références / MEG , 2009. World Exploration Trend, Prospectors and Developers Association of Canada International Convention, rapport.