Mwana Africa – compagnie minière créée et dirigée par des Africains – base sa stratégie de développement sur la diversité (des implantations, des minerais exploités) et sur la responsabilité. Si la sécurité de ses employés est une priorité, la société atténue aussi les impacts de la crise sur les populations locales. Elle prend en charge la santé de ses employés, leur assure un logement et un accès à l’éducation. Cette démarche responsable s’ajoutant à son identité africaine, soumet la société à bien des exigences ; mais en retour, elle constitue aussi son principal atout.

Dans plusieurs langues bantoues – parlées en Afrique de l’est, centrale et australe –, Mwana Africa, signifie « enfant de l’Afrique ». C’est aussi le nom du premier groupe minier détenu par des investisseurs originaires d’Afrique subsaharienne à avoir été introduit, en octobre 2005, sur l’Alternative Investment Market de la bourse de Londres.

Une des spécificités de l’entreprise réside dans la composition de son équipe : des anciens collaborateurs d’Anglo American South Africa à l’expertise incontestée et aux carnets d’adresses conséquents et un groupe d’hommes d’affaires d’Afrique du Sud, d’Angola, du Kenya, de la République démocratique du Congo (RDC), de Zambie et du Zimbabwe, qui ont réussi sur le continent. Tous étaient porteurs d’une vision à long terme du développement de l’entreprise qui participerait à l’essor de l’Afrique. Aujourd’hui, 20 % du capital est encore détenu par des acteurs africains ; cette origine africaine influence la stratégie d’investissement et la manière dont Mwana Africa conduit ses opérations sur le continent.

Société à vocation panafricaine, dont la capitalisation boursière a atteint près de 400 millions de dollars avant la crise financière de l’automne 2008 (83,7 millions au 10 décembre 2010), les actifs de Mwana se situent uniquement en Afrique : Zimbabwe, RDC, Ghana, Angola, Botswana et Afrique du Sud. Si Mwana est une des seules juniors minières à avoir des actifs géographiquement aussi diversifiés, son activité porte également sur plusieurs matières premières (or, diamant, nickel, métaux de base1), alors que la plupart des sociétés présentes en Afrique se concentrent sur un actif ou sur un unique pays.

Une démarche responsable, base du succès sur le long terme

En outre, toutes les opérations, dirigées par des Africains, suivent une démarche responsable, considérée comme une des clefs du succès à long terme. En effet, la société cherche à offrir à ses collaborateurs un environnement de travail sécurisé et à prendre en compte leur santé ; elle travaille par ailleurs à réduire au maximum l’impact environnemental de ses activités.

Consciente que l’exploitation minière présente un niveau de risque qui ne peut être négligé, la société estime qu’il est de sa responsabilité de créer un environnement de travail où la sécurité de tous ses employés est assurée. Malgré ces efforts, Mwana a malheureusement eu à déplorer à la fin de l’année 2010 un accident mortel. C’est certes peu au regard des 2 982 employés – 322 agents administratifs et 2 660 agents d’exploitation ou ingénieurs –, mais c’est évidemment déjà trop. Le redémarrage de Freda Rebecca, une mine d’or appartenant à Mwana située au Zimbabwe fermée lors de l’hyperinflation que connaissait le pays, a été l’occasion d’améliorations conséquentes en matière de sécurité, devenue une priorité majeure. De même, cette préoccupation constante est au coeur des nouvelles procédures définies par Bindura Nickel Corporation (BNC), filiale zimbabwéenne de Mwana, à l’occasion de sa réouverture en 2011. BNC a ainsi obtenu la certification OHSAS 18001 2, internationalement reconnue dans l’industrie minière pour la sécurité et la santé au travail.

Les principaux problèmes de santé publique rencontrés dans les régions où Mwana opère sont provoqués par le paludisme et liés à l’épidémie de sida. Pour prévenir et traiter le paludisme, Mwana prend en charge les formations de ses employés et de leurs proches et leur fournit des médicaments. Pour lutter contre le sida, Mwana Africa a mis en place des programmes communautaires à Freda Rebecca, à Klipspringer (une mine de diamant en Afrique du Sud), et à BNC. Ces programmes comprennent des campagnes de sensibilisation, de dépistages volontaires, la dispense de soins de santé et la formation des communautés locales. reda Rebecca assure l’accès au traitement antirétroviral aux employés affectés par le virus et aux personnes qui sont à leur charge.

Mwana agit par ailleurs concrètement pour limiter l’impact de ses activités sur l’environnement. Elle optimise l’utilisation des ressources comme l’eau, le carburant et l’électricité. Les systèmes de gestion mis en place sont conformes à la norme ISO 14001 3 (dès 2005 pour BNC), une certification elle aussi internationalement reconnue. Freda Rebecca met en oeuvre un programme établi en conformité avec les normes de performance de la Société financière internationale, de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la Santé. Mwana reconnaît d’une façon générale son obligation de remettre en état les sites où elle opère ; des dispositions financières ont été prises en ce sens, en particulier au Zimbabwe et en Afrique du Sud, dans le respect des lois locales.

Limiter l’impact de la crise

Cette démarche responsable a su résister aux turbulences sans précédent observées sur les marchés financiers mondiaux en 2008, marquées par une réduction drastique des financements disponibles et l’effondrement des prix des matières premières. Le cours du nickel est ainsi passé de 55 000 dollars à moins de 10 000 dollars la tonne.

Dans ce contexte, Mwana a dû se résoudre à prendre des décisions difficiles. Afin de conserver les liquidités du groupe et de préserver l’intégrité de ses opérations, il a été décidé en novembre 2008 de fermer la mine de nickel de BNC, qui représentait à l’époque 100 % du chiffre  d’affaires du groupe. Une décision d’autant plus difficile à prendre que le Zimbabwe est aussi en pleine déliquescence, victime de l’hyperinflation. Bien entendu, l’arrêt des activités de BNC, pendant près de trois ans, risquait d’avoir un impact négatif sur la population locale ; on peut en effet estimer que, pour chaque employé, dix membres de la communauté profitent de l’activité de la mine. La mise au chômage technique de 2 425 employés risquait donc de toucher in fine quelques 30 000 personnes. Pour atténuer cet impact, Mwana a donc décidé de continuer à prendre en charge, durant le temps de la fermeture, le logement, l’électricité et l’accès aux soins des employés de BNC.

Dans ce contexte, l’identité africaine de la société a sans nul doute pesé dans ses décisions. Malgré la crise sans précédent du secteur minier au cours de ces deux dernières années, les effectifs de Mwana n’ont été réduits que de 8,6 % – le prix du nickel, lui, était divisé par cinq sur la même période.

Ces décisions difficiles ont permis de préserver la croissance future de Mwana. Le redressement des prix des produits de base et l’amélioration de la situation économique du Zimbabwe avec la fin du chaos monétaire, suite à l’abandon de la monnaie nationale, remplacée par le dollar américain, a permis de relancer les opérations à Freda Rebecca. Un budget de 6,2 millions de dollars a été affecté à la première phase des travaux en 2009. Un prêt de 10 millions de dollars – accordé en novembre 2009 par l’Industrial Development Corporation of South Africa – devrait permettre d’atteindre une production de 50 000 onces d’or dès 2011. La reprise des opérations de BNC au Zimbabwe est prévue cette année.

Développement à long terme des communautés locales

Le poids de l’industrie minière dans certains pays africains est unique. Ses besoins en financements – évalués à plusieurs milliards de dollars – et le potentiel d’investissement qu’elle représente lui permettrait de contribuer significativement au développement économique d’un pays.

Mwana a continué, au plus fort de la crise, à investir sur le long terme, toujours avec le soucis de soutenir le développement des communautés locales – souvent situées dans des régions isolées. Elle stimule en effet l’économie locale en créant des emplois, en assurant le fonctionnement et le développement d
es PME, en fournissant des débouchés aux activités de services et à la soustraitance situées à proximité de la mine (ingénierie, maintenance des installations, etc.) – sans compter son impact sur le développement des infrastructures locales (routes, pistes d’aviation, télécommunications, etc.). Mwana a contribué par exemple à l’installation de la téléphonie mobile dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC, inexistante avant son arrivée. L’impact des activités de Mwana s’étend donc de fait bien au-delà de sa contribution directe à l’emploi.

Mwana s’implique donc dans le développement des communautés locales ; la société considère en particulier que leur éducation relève en partie de sa responsabilité. BNC fournit par exemple tous les moyens propres à assurer l’enseignement primaire des enfants de ses salariés et a mis en place un fonds (BNC Chairman’s Fund) facilitant l’accès à l’enseignement secondaire et universitaire. Chaque année, une dizaine de bourses sont aussi accordées à des établissements d’enseignement supérieur recevant les enfants méritants d’employés de Mwana. BNC contribue au fonctionnement de l’université locale, ainsi qu’à celui de l’école des mines du Zimbabwe. À Freda Rebecca, on appuie l’enseignement maternel, primaire et secondaire en modernisant les écoles. Enfin, Mwana souhaite soutenir la reconversion de ses employés (pour ceux qui en font la demande) à l’agriculture ou à l’artisanat, en particulier en les aidant à accéder au microcrédit.

Enfin, Mwana a anticipé les mesures visant l’autonomisation économique des populations locales ; elle offre ainsi une participation au capital de la société aux investisseurs locaux. Aujourd’hui la Chambre des mines du Zimbabwe, dont BNC et Freda Rebecca sont membres, est en discussion avec le gouvernement concernant l’application de la réglementation favorisant « l’indigénisation » des entreprises zimbabwéennes. BNC, qui est côté à la bourse de Harare, est d’ores et déjà détenue à 47 % par des fonds de pension et des investisseurs zimbabwéens. Par ailleurs, Mwana a déjà annoncé la vente de 15 % de Freda Rebecca à un partenaire local.

Cet enracinement local doit pouvoir être promu et renforcé dans d’autres contextes, dans d’autres pays du continent. Certes, du fait de son identité africaine, un effort toujours plus important est demandé à Mwana ; mais cette exigence est aussi un atout. Faire preuve de transparence et de responsabilité permet à Mwana Africa d’être efficace et reconnue.

Les limites du modèle et comment l’améliorer

Le secteur minier procure des revenus aux États africains. Malheureusement, l’exploitation des ressources minières se fait souvent aux dépens des populations locales et de l’environnement, ce qui rend son développement difficile. S’il ne fait aucun doute que l’exploitation minière peut profiter aux économies nationales, les réformes introduites dans le secteur minier au cours des années 1980 et 1990 sous les auspices de la Banque mondiale4 et du FMI, ne semblent pas assurer cette contribution. Elles font souvent l’objet de critiques, en raison de l’importance des mesures d’incitation bénéficiant aux compagnies minières. En outre, elles ont sans doute contribué à réduire la part revenant aux gouvernements africains – et dont ils ont impérativement besoin pour financer leurs programmes de développement social et économique.

L’industrie minière devrait favoriser le développement des sociétés des pays dans lesquelles elle est implantée et qui lui fournissent tout une gamme d’intrants. Ces sociétés peuvent se lier à d’autres secteurs économiques locaux, trouvant ainsi des débouchés et accélérant le développement de techniques liées à l’exploitation minière. Celle-ci est par nature non durable, la durée de vie d’une mine est toujours limitée – les ressources finissant par s’épuiser. Toutefois, grâce aux liens créés avec d’autres secteurs économiques (en amont, en aval et par le biais des produits dérivés), on peut assurer une certaine durabilité à une mine. Pour que leurs activités bénéficient réellement aux populations locales, les compagnies minières doivent adopter une vue à long terme, donner la priorité au développement d’exploitations durables et bâtir des partenariats mutuellement fructueux avec les États et les peuples des pays qui les accueillent.

La création de richesses pour le continent et un partage rééquilibré – profitant mieux aux Africains – sont possibles, à condition d’exploiter les richesses minières du continent de façon raisonnée ; pour cela, tous les acteurs doivent se concerter.

Notes de bas de page

1 On désigne généralement sous cette appellation (base metals en anglais) le cuivre, le nickel, le zinc, le plomb, le cobalt.
2 Occupation Health and Safety Assessment Series 18001 : il s’agit d’un ensemble de recommandations concernant la santé et la sécurité au travail, qui permet aux compagnies de contrôler les risques liés à leur activité.
3 La norme ISO 14001 fait partie de la famille « ISO 14000 », une série de standards conçus pour aider les entreprises à réduire leur impact négatif sur l’environnement.
4 Voir à ce sujet, l’article de Gary McMahon dans ce numéro de Secteur privé et développement.