La déforestation a des effets dévastateurs dans les pays en développement. Gérés de façon durable, les projets forestiers répondent aux problématiques écologiques, sociales, mais aussi économiques : création de nombreux emplois, développement d’infrastructures, etc. En plus de rassurer les investisseurs, la participation des institutions financières de développement dans des projets forestiers peut influencer favorablement les législations locales.

Partout dans le monde, la forêt naturelle est en voie de disparition. Chaque année, le couvert forestier mondial recule de quelque 10 millions d’hectares, ce phénomène touchant majoritairement l’hémisphère Sud et les pays en dévelop-pement. La déforestation est un des premiers facteurs du changement climatique – les forêts étant des puits de car-bone naturels –, un phénomène aux effets particulièrement dévastateurs sur l’environnement. Les régions déboisées sont sujettes à la sécheresse, la couverture végétale qui protège les sources d’eau étant éliminée, mais aussi à l’érosion et à l’épuisement des sols. Elles subissent également d’importantes pertes en termes de biodiversité et de services éco-systémiques. Elles deviennent, par ailleurs, plus vulnérables aux catastrophes telles que les inondations et les glissements de terrain et, à plus long terme, elles peuvent être touchées par la désertification. Autant de fac-teurs qui limitent leur capacité à répondre aux besoins des populations locales.

Les pays en développement sont particulièrement sensibles aux effets du changement climatique, en raison notamment de leur localisation en zone tropi-cale et subtropicale. Mais aussi, de leur dépendance à l’agriculture et aux ressources naturelles en général. Le sou-tien à la lutte contre le changement climatique, à travers des mesures visant à réduire la déforestation, se révèle dés lors très important.
Si la forêt doit donc être protégée, le déboisement enrayé, il faut aussi que les ressources forestières soient exploi-tées pour répondre à une demande croissance en bois. C’est la recherche de cet équilibre entre exploitation et protec-tion de la ressource que peuvent tout particulièrement soutenir les institutions financières de développement

Les besoins multiformes du secteur forestier

Dans les pays en développement, surtout en Afrique, la demande de bois de chauffage ainsi que l’évolution des prati-ques agricoles sont les premiers facteurs de la déforestation. Seule, la protection des forêts ne suffit pas à lutter contre ce phénomène. Si les populations locales n’ont pas accès à d’autres sources de bois de chauffage et ne dis-posent pas des intrants nécessaires à de meilleures pratiques agricoles, les mesures de protection de la forêt peuvent se révéler vaines. Les populations iront tout simplement ailleurs, là où les forêts ne sont pas protégées, et la déforestation se poursuivra.

Si la protection est importante, il est tout aussi essentiel d’informer et d’apporter un soutien technique pour promouvoir une gestion et une utilisation durables des forêts. De nouvelles ressources forestières doivent également être déve-loppées, soit en réhabilitant des forêts dégradées ou mal exploitées, soit en plantant de nouvelles forêts. Bien qu’elles soient parfois critiquées, les plantations, si elles sont correctement gérées, peuvent avoir des impacts environnemen-taux et développementaux importants. Cependant, un projet forestier demande du temps et les problématiques liées aux communautés et au développement local nécessitent un suivi rapproché, du temps et des moyens.

D’une façon générale, la forêt offre une bonne rentabilité économique, combinée à d’importants impacts sociaux et environnementaux. Mais dans les pays en développement, les risques politiques et le risque pays peuvent limiter l’appétit des investisseurs et les bailleurs de fonds privés. L’engagement à long terme que nécessitent les projets forestiers pèse sur l’attractivité du secteur. De plus, la faible disponibilité des infrastructures liées (routes, ports, acié-ries, etc.) rendent ces projets plus coûteux et donc moins rentables. Pour toutes ces raisons, l’intervention des institu-tions financières de développement est nécessaire et pertinente. Elle permet en particulier de catalyser d’autres fi-nancements.

Les projets forestiers, facteur de développement

Les institutions financières de développement, comme Finnfund, investissent dans des projets rentables et porteurs d’impacts mesurables sur le développement. Aussi, les projets forestiers soutenus par Finnfund se doivent non seu-lement d’atténuer efficacement le changement climatique, mais également d’engendrer des impacts développemen-taux importants. Ces projets sont généralement implantés en zone rurale, où les emplois formels sont rares. Ils né-cessitent une main-d’œuvre nombreuse – un projet emploie facilement plusieurs milliers de personnes – les besoins allant de métiers peu qualifiés à très qualifiés, féminins et masculins. Ces nombreux emplois favorisent le développe-ment de nouvelles activités économiques et permettent de subvenir aux besoins d’une population en croissance.

En plus des emplois créés, les projets forestiers améliorent les infrastructures, aussi bien dans leur voisinage immé-diat qu’entre leur site d’implantation et les marchés. Les entreprises forestières réalisent souvent des investissements considérables en termes de développement et d’entretien des infrastructures. Les sites où se développent les projets forestiers étant généralement très vastes, c’est une région tout entière qui en bénéficie. Par ailleurs, les projets forestiers s’acquittent généralement tous d’une forme de rétribution, versée à l’État ou aux collectivités locales, au titre de l’utilisation du sol et du bois. Les projets contribuent aussi à l’économie locale, notamment grâce à la fiscalité directe et indirecte. De plus, les produits bois ont une forte valeur à l’exportation, tirent avantage de marchés mondiaux bien développés et peuvent apporter d’importantes recettes d’exportation au pays.

Les concessions forestières exploitées de façon durable aident à lutter contre l’exploitation forestière illégale. Elles contribuent en effet au développement de marchés officiels de produits du bois, et répondent à la demande que l’exploitation illégale tente de satisfaire. Cela contribue indirectement à rendre les activités des exploitants illégaux plus difficiles et moins rentables. Enfin, les plantations forestières développées de façon durable favorisent le déve-loppement d’une bonne gouvernance forestière et la mise en œuvre de politiques forestières durables dans les pays d’accueil.

Les projets forestiers soutenus par Finnfund ont produit des effets importants en termes de développement. Finnfund finance par exemple depuis plus de dix ans un projet de tek en Tanzanie. La société exploitante a financé des écoles et des soins de santé ; elle procure aujourd’hui des emplois formels à plusieurs centaines de personnes dans une des régions les plus pauvres du pays. La coupe et la transformation du bois créeront plusieurs milliers d’emplois directs et indirects. Lorsque les activités commerciales et de transformation du bois seront en place, le tek devrait devenir une culture importante pour la région et un produit d’exportation appréciable pour la Tanzanie, générant plus de 130 millions de dollars de revenus d’exportation sur une période de dix ans. D’autres opérations de Finnfund ont connu des succès plus relatifs. Un projet a notamment échoué en raison de la modification de son environnement politique et opérationnel, qui a fait obstacle au recrutement de personnel. Mais, même lorsqu’une opération se développe plus lentement que prévu et que la rentabilité globale d’un projet est moindre, les impacts développementaux restent im-portants.

Les critères d’investissement de Finnfund

Étant donné l’importance du secteur forestier pour l’économie finlandaise1, le savoir-faire technique du pays 2  et ses impacts sur le plan du développement et de l’environnement, la forêt reste un secteur d’intervention privilégié pour Finnfund. À la fin de 2011, les projets forestiers représentaient à peu près 20 % de son portefeuille. Finnfund applique les mêmes critères d’investissement pour le secteur forestier que pour les autres secteurs : la rentabilité, le niveau de participation et la qualité des sponsors du projet, la durabilité écologique et sociale, les impacts en termes de développement et la bonne gouvernance.

Dans le cas des projets de plantation, l’exigence de viabilité économique implique que les permis d’utilisation des sols (concessions ou autres types de permis) soient délivrés pour une durée suffisamment longue et qu’ils prévoient systématiquement la replantation des zones après la récolte de la ressource. Un plan de gestion forestière basé sur le développement et l’utilisation durables de la ressource est également exigé. Pour renforcer les impacts sociaux, le porteur du projet peut également être amené à fournir des sources alternatives de bois de chauffage aux populations locales, ou bien leur offrir une formation et une assistance technique, en particulier en matière agricole.

L’acquisition des terres et les pratiques d’utilisation des sols font l’objet d’une analyse particulièrement attentive et détaillée sur la base des critères de performance de la Société financière internationale (SFI) et des organismes de certification forestière (tels que le Forest Stewardship Council – FSC). Des diligences juridiques concernant l’acquisition et l’affectation des terrains peuvent être menées, mais aussi des analyses sur l’occupation des sols, tant du point de vue juridique que culturel et coutumier. L’institution financière de développement s’assure également que le projet n’affectera pas la production et la sécurité alimentaires et qu’il n’aura pas d’autres effets négatifs (par exem-ple du point de vue de l’utilisation de l’eau). Dans les projets de plantation développés dans les pays les moins avancés (où peuvent se poser des questions complexes d’occupation des sols), une importance croissante est attachée à l’implication des communautés locales et à la coopération avec les ONG. Si les aspects environnementaux et sociaux de l’évaluation des projets sont étroitement liés aux problématiques d’occupation des sols, la question de la protection des forêts est également traitée.

L’utilisation et le partage équitables des ressources du projet fait également l’objet d’une évaluation.
Finnfund a financé directement et indirectement des projets forestiers dans une quinzaine de pays, pour un montant moyen par projet de sept à dix millions de dollars. Les investissements directs ont bénéficié à des projets de conces-sion ou de plantation, en soutenant en particulier les composantes industrielles de l’activité. Localisés majoritairement dans les marchés naissants, où le cadre règlementaire est souvent en cours d’élaboration, ces projets peinent à trouver des financements purement commerciaux. Finnfund est convaincu que le rôle des institutions financières de développement est aussi de se confronter à des situations où le cadre réglementaire n’est pas encore achevé et de contribuer à son amélioration. Dans ce contexte, il s’agit de dialoguer avec les régulateurs et de démontrer les avantages potentiels que peuvent apporter aux différents acteurs les investissements durables du secteur privé. L’instauration d’un cadre favorable à une industrie forestière durable crée les conditions d’une croissance économique équitable, réduit la pauvreté et prévient les menaces qui pèsent sur l’environnement.

Notes de bas de page

¹ L’industrie forestière et la forêt en général demeurent l’un des piliers de l’économie finlandaise. Générant 4 % à 5 % du PIB fin-landais au cours des deux dernières années, le secteur forestier représente surtout 18 % des recettes d’exportation du pays.
² La Finlande, qui accueille de nombreuses multinationales forestières, possède un savoir-faire technique de premier ordre dans ce domaine. Les acteurs du secteur forestier, y compris les instituts de recherche, les universités et les grandes entreprises, ont développé de nouveaux produits et technologies destinés aux nouveaux marchés (bioénergie et autres produits à base de bois notamment) qui, d’ici 2030, devraient générer la moitié de la valeur ajoutée du secteur forestier.