Si les déchets solides municipaux contribuent peu au changement climatique, ils peuvent donner lieu à des projets de réduction de gaz à effet de serre rentables,  rapides à mettre en œuvre et efficaces. Pour saisir ces opportunités, le secteur privé dispose de financements et d’instruments liés au MDP et au nouveau cadre donné par les Mesures d’atténuation appropriées au niveau national.

La gestion des déchets participe peu au changement climatique. Elle génère de 3 % à 5 % des gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique – elle est principalement émettrice de méthane, provenant des sites d’enfouissement et des décharges à ciel ouvert. Pourtant, par ses caractéristiques le secteur des déchets permet de participer à la réduction des GES et de contribuer ainsi à atténuer les causes du changement climatique (Scheinberg, A., Wilson, D., Rodic-Wiersma, L., 2010). En ayant recours à des technologies pouvant être déployées dans presque tous les pays, ce secteur pourrait devenir un réducteur net d’émissions de carbone. C’est ce que font quelques pays en développement, en améliorant les pratiques de gestion des déchets. Le secteur privé est très impliqué dans ce processus. Il profite en particulier des financements offerts par le MPD2. Il essaie également de s’inscrire dans le cadre des MAAN3.
Des technologies réductrices de carbone 

La quantité de GES émis par les activités liées aux déchets dépend des technologies de traitement employées. Dans les pays en développement, les principaux GES émis par le secteur des déchets sont le méthane et le dioxyde de carbone, produits par les matières organiques. Composante principale des déchets dans ces pays, ces matières organiques représentent en moyenne 50 % des volumes de déchets, contre 30 % pour les pays développés. Du fait de la forte teneur en humidité de ces déchets organiques, l’incinération et la plupart des autres méthodes de récupération de l’énergie ne sont pas adaptées aux pays en développement. Par ailleurs, il n’y a généralement pas localement d’entreprises capables de réparer et d’assurer la maintenance des installations correspondantes ; de ce fait, plusieurs usines d’incinération sont actuellement à l’abandon en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.

Des traitements biologiques, notamment le compostage, permettent de récupérer et de transformer les déchets organiques en amendements et en engrais, et ainsi de réduire les émissions de GES. Ces procédés consistent à séquestrer le carbone biogène dans le sol, ce qui améliore ses propriétés physiques, lui apporte des nutriments et réduit ses besoins en pesticides. Cette solution semble plus adaptée aux pays en développement que des technologies plus élaborées, comme l’incinération. De plus, elle permet de récupérer le méthane généré (mais pas le dioxyde de carbone) pour produire de l’électricité.

Les centres d’enfouissement technique (CET) – par opposition aux décharges à ciel ouvert – peuvent eux aussi contribuer à réduire les émissions de GES. Les CET sont des sites de mise en décharge où les déchets sont placés dans des compartiments étanches ; ils se dégradent alors en produisant du CO2 et du méthane. Ce processus peut être contrôlé pour alimenter un réacteur à biogaz. La combustion de ce biogaz sert alors à produire de l’électricité. Les CET permettent en outre de contrôler les émissions fugitives4. Une autre solution consiste à produire, à partir des déchets, des combustibles à fort pouvoir calorifique par un traitement thermique, par exemple dans des fours à ciment. Les plus fortes réductions d’émissions de GES proviennent cependant du retraitement des déchets recyclables, lorsque ceux-ci peuvent être récupérés et réutilisés. D’importants gains environnementaux peuvent en effet être réalisés grâce à la substitution de matières premières secondaires aux matières premières primaires. Le recyclage réduit la quantité de déchets à mettre en décharge et fournit des substituts aux matières premières utilisées dans la fabrication de produits. Pour de nombreuses industries, utiliser des matériaux recyclés présente l’avantage d’économiser l’énergie liée à l’extraction et au transport des matières premières primaires.

Opportunités et limites du MDP

Le MDP a permis au secteur des déchets des pays en développement de générer des revenus en vendant des crédits carbone et d’accomplir par ailleurs des progrès significatifs en matière de réduction des émissions de GES. Cependant, l’application des MDP dans le secteur des déchets a été, à ses débuts, difficile. L’adoption de pratiques de gestion des déchets plus économes en ressources et réductrices de GES a été plus lente dans les économies en développement que ne l’auraient souhaité ISWA et d’autres organisations internationales du secteur.

Environ 18 % des projets bénéficiant du MDP sont réalisés dans le secteur des déchets ; cela inclut des projets concernant les déchets solides (récupération des gaz, compostage et incinération) ainsi que des projets utilisant des techniques évitant la production de méthane (compostage, traitement aérobique et anaérobique) par les eaux usées et les déchets agricoles et forestiers. Depuis la création du MDP, plus de 200 projets liés aux déchets solides municipaux ont été enregistrés dans le monde. Près de 90 % de ces projets portent sur le torchage et la récupération de gaz. Le projet de valorisation énergétique du gaz de décharge de Bogota (Colombie) est l’un des plus ambitieux. Le site accueille 6 000 tonnes de déchets par jour ; il est désormais aménagé pour récupérer les gaz issus de la décharge et produire de l’électricité à partir du méthane recueilli. L’électricité ainsi produite peut alimenter jusqu’à 70 fours à briques situés à proximité, en remplacement des combustibles fossiles. La plupart des autres projets sont moins ambitieux et prévoient uniquement un torchage contrôlé plutôt qu’une valorisation du potentiel énergétique du gaz. Seuls quelques projets de grande ampleur mettent en œuvre des technologies élaborées de traitement des déchets solides municipaux : compostage à grande échelle (Encadré 1), gazéification, digestion anaérobie5, traitement des combustibles dérivés des déchets (CDD) et traitement thermique sans incinération.

Un projet MDP de compostage au Bangladesh

Dhaka, capitale du Bangladesh offre un des exemples les plus réussis d’un projet bénéficiant du MDP dans le secteur des déchets. En 2005, la ville générait 13 300 tonnes de déchets par jour ; aujourd’hui, elle en produit le double. Tout ce qui n’est pas récupéré par le secteur informel est déposé dans des décharges à ciel ouvert. La plupart des déchets sont donc organiques.

En 2003, une entreprise privée néerlandaise, World Wide Recycling BV, a été approchée par une ONG du Bangladesh, Waste Concern, pour entreprendre un projet de compostage à grande échelle. Ce projet a obtenu l’approbation MDP en septembre 2005. Le projet porte sur la conception, la construction et l’exploitation d’une unité de compostage. L’installation, d’un coût de 12 millions d’euros,  traite chaque jour 700 tonnes de déchets organiques sélectionnés provenant des marchés de la ville. Le compost produit permet de diminuer de 25 % à 50 % l’utilisation d’engrais chimiques et permet des gains de rendements agricoles allant jusqu’à 30 %. L’ensemble du projet est financé par les 89 000 tonnes équivalent CO2 de crédits carbone générés par le projet.

Les projets bénéficiant du MDP dans le secteur de la gestion des déchets sont, par ailleurs, inégalement répartis d’un point de vue géographique. Ils n’ont généralement pas encore bénéficié aux pays les moins avancés. Il existe pourtant un important potentiel de nouveaux projets pouvant relever du MDP, tant du point de vue des solutions techniques que de la couverture géographique. Bien que de considérables progrès aient été accomplis depuis la création du MDP, une amélioration du processus d’approbation permettrait de multiplier et de mieux distribuer les projets de réduction d’émissions. L’une des revendications d’ISWA est d’améliorer le fonctionnement du MDP, si ce mécanisme est encore en place après 2015. Il faut notamment rationaliser le système et réduire les lourdeurs administratives.

Pour élargir la palette de projets actuellement concernés par des crédits MDP, il faudrait améliorer les méthodes de mesure des émissions de GES. Il est en effet indispensable de mesurer et de quantifier précisément les émissions de GES pour fixer et suivre des objectifs de réduction précis. Il faudrait aussi couvrir correctement l’ensemble du cycle de vie des matériaux et de l’énergie ; les émissions liées au recyclage et au compostage sont, par exemple, des activités qui mériteraient d’être mieux mesurées. Enfin, l’un des écueils du développement des MDP dans le secteur des déchets reste le nombre important d’acteurs présents sur la chaîne de traitement des déchets et les problèmes de droits de propriété des crédits carbone.

Du MDP aux MAAN

Complémentaires du MDP, les MAAN offrent de nouveaux mécanismes de financement pour les initiatives visant à améliorer la gestion des déchets dans les pays en développement (Encadré 2). Vu son important potentiel de réduction des GES, le secteur des déchets peut jouer un rôle majeur dans le développement des MAAN et le déploiement du Fonds vert pour le climat6. En septembre 2011, environ un tiers des 47 projets de MAAN recensés prévoyaient des mesures liées aux déchets.

Les MAAN, un outil de soutien aux pays en développement

Employé pour la première fois dans le Plan d’action de Bali en 2007, le terme “MAAN» a été officialisé dans les accords de Copenhague et de Cancun. Il désigne un ensemble de politiques et de mesures mises en oeuvre volontairement par les pays en développement pour réduire les émissions de GES. Ces mesures sont prises à l’initiative de chaque pays, qui en conserve la maîtrise. En l’absence de définition claire au niveau international, une distinction a été opérée entre les MAAN “unilatérales”, qui font appel aux ressources locales, et les MAAN “aidées”, qui supposent un soutien financier international. Les MAAN permettent aux pays en développement d’accéder à des aides internationales sous forme de financements, de technologies et de renforcement de capacités. Elles couvrent différentes mesures, allant de la collecte de données jusqu’à des campagnes de sensibilisation, en passant par la R&D, l’application de réglementations, le renforcement des institutions, la mise en place d’incitations financières, etc.

Les MAAN privilégient davantage les politiques ou les stratégies de développement que les projets isolés. L’objectif des MAAN est de soutenir les secteurs à l’origine de réductions d’émissions indirectes ou à long terme, d’appuyer les initiatives visant à réduire les obstacles à la mise en place de mesures d’atténuation et enfin, de favoriser les mesures qu’il est difficile d’évaluer en termes de tonnes d’équivalent CO2.

Le système des MAAN n’a pas encore été officiellement approuvé par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cela explique pourquoi les modalités précises par lesquelles les gouvernements nationaux et le secteur privé peuvent tirer des bénéfices de ce mécanisme restent aujourd’hui à définir. Néanmoins, il est probable que les gouvernements des pays en développement qui auront inscrit leurs propositions d’amélioration de la gestion des déchets dans le cadre d’une MAAN bénéficieront, plus que d’autres projets, des financements du Fonds vert pour le climat.
Le lien entre gestion des déchets et changement climatique a été reconnu par la Banque mondiale (Hoornweg, Daniel et Bhada-Tata, Perinaz, 2012). Cette reconnaissance officielle devrait permettre de mettre en place plus de financements dédiés au sein des agences internationales. Cela pourrait aussi faciliter le développement de mécanismes financiers favorisant une meilleure gestion des déchets dans les pays en développement, lorsque le Protocole de Kyoto arrivera à terme en décembre 2012.

Notes de bas de page

¹ Cet article est basé sur le livre blanc Waste and Climate Change publié par l’ISWA en 2009.
² Le MDP permet aux acteurs des pays développés d’investir dans des projets de réduction des émissions dans des pays en développement. Les pays investisseurs peuvent ainsi utiliser les crédits carbones associés à ces projets pour atteindre leurs propres objectifs de réduction.
³ Les MAAN sont présentés dans l’Encadré 2 de cet article.
4 Produit chimique – quelque soit sa forme – qui s’échappe d’un site industriel de manière fortuite ou non maitrisée.
5 La digestion anaérobie, ou méthanisation, est un processus qui transforme la matière organique en compost, méthane et gaz carbonique.
6 Issu de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, lancé en 2011, le Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund) est un mécanisme de transfert de fonds des pays développés vers les pays en développement. Il est destiné à aider ces derniers à mettre en œuvre des mesures d’adaptation et d’atténuation pour lutter contre le changement climatique.

Références  / Hoornweg, D., Bhada-Tata, P., 2012. What a Waste: A Global Review of Solid Waste Management. Washington D.C., Banque mondiale, Urban Development & Local Government Unit, Mars 2012, No. 15, 98. / ISWA, 2009. Waste and Climate Change, ISWA White Paper /ISWA, 2011. In the Know, ISWA. / Scheinberg, A., Wilson, D., Rodic-Wiersma, L., 2010. Solid Waste Management in the World’s Cities, Earthscan /Sudhakar, Y., 2012. Replication of urban innovations – prioritization of strategies for the replication of Dhaka’s community-based decentralized composting model, Waste Management & Research Volume 30, issue 1 Janvier 2012, p. 20-31.