Pour favoriser l’entrepreneuriat local, Enablis s’intéresse aux entrepreneurs plutôt qu’aux seules entreprises. L’ONG identifie les créateurs de PME les plus prometteurs et les accompagne dans leur projet. Devenus membres, ils bénéficient de tous les avantages liés à un réseau international basé sur l’échange d’expériences. En plus des programmes de formation et de mentorat, Enablis accompagne les entrepreneurs dans leur recherche de financement.

Pour que l’entreprenariat local se développe tant en Afrique que dans les autres régions en développement, il est impératif de promouvoir globalement un environnement favorable au secteur privé et de disposer en particulier de mécanismes de soutien aux jeunes entreprises. Mais au-delà de l’appui apporté aux structures, il est essentiel d’accompagner aussi l’entrepreneur – considéré en tant qu’individu – à chacune des étapes de la vie de son entreprise. Il faut pouvoir lui proposer des formations, lui permettre idéalement d’intégrer un réseau basé sur l’échange d’expériences et éventuellement l’aider à accéder aux financements dont il a besoin pour faire croître sa PME. Toutes ces formes de soutien peuvent s’avérer indispensables à sa réussite.

Le réseau entrepreneurial Enablis est l’une des rares organisations à s’intéresser avant tout aux individus, aux entrepreneurs plutôt qu’à leurs seules entreprises. Créée en 2003 pour lutter contre la pauvreté en soutenant l’entreprenariat local, Enablis ouvre son premier bureau au Cap en Afrique du Sud en 2004. Dix ans plus tard, l’ONG possède onze branches locales sur le continent : à l’Afrique du Sud se sont ajoutés le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie, ainsi que le Ghana en Afrique de l’Ouest et l’Argentine. Le réseau compte, au 1er janvier 2014, 2 476 membres dont plus du tiers (34 %) sont des femmes.

Identification des profils prometteurs et organisation du réseau

Organisation à but non lucratif, Enablis cherche à stimuler le développement économique en fournissant à des entrepreneurs sélectionnés le soutien nécessaire à la création et à la croissance de leur entreprise. Devenus membres, ils bénéficient de tous les outils du réseau, en particulier ceux favorisant l’échange d’expériences, l’entraide entre pairs et la production d’intelligence collective. Le savoir-faire d’Enablis porte avant tout sur sa capacité à identifier les entrepreneurs les plus prometteurs, qui tireront pleinement profit de l’appui du réseau. Les personnes ainsi remarquées sont des individus qui ont non seulement un profil professionnel à fort potentiel mais aussi des qualités personnelles correspondant aux valeurs fondamentales prônées par le réseau – le respect, l’intégrité, le professionnalisme et la pérennité. Les membres sont recrutés essentiellement par le biais de concours spécifiques (« Business Plan Competition » ou BPC) ou par cooptation.

Les concours sont des événements particulièrement populaires – la dernière édition sud-africaine des BPC a rassemblé plus de 1 500 participants. Organisés avec le soutien de partenaires locaux (universités, institutions financières, médias, etc.), ils visent à sélectionner des candidats ayant ou non déjà lancé leur PME. Un panel de juges choisit un business plan par catégorie ; les candidats sont évalués sur la viabilité de leur entreprise, son potentiel de croissance et de création d’emplois. Les gagnants reçoivent une somme d’argent pour lancer ou soutenir leurs activités et deviennent automatiquement membres du réseau. Le processus de cooptation, lui, repose sur une série d’entretiens qui permettent d’évaluer la motivation des candidats, la maturité de leur PME ou leurs besoins en financements. Quel que soit le biais par lequel ils ont été repérés, tous les membres sont officiellement accueillis lors d’une cérémonie au cours de laquelle ils s’engagent à respecter les valeurs d’Enablis.

Les membres du réseau sont répartis en trois catégories qui correspondent à différents stades de maturité de leur entreprise et à différents niveaux d’expérience. Entrepreneurs potentiels, les membres appartenant à la catégorie Bronze possèdent les capacités requises pour lancer leur entreprise ; Enablis les aide alors à mieux structurer leur projet. Les membres de la catégorie Argent peuvent appartenir soit au premier niveau – leur entreprise est dans ses 18 premiers mois d’existence et tous les efforts se portent sur sa survie – soit au second niveau : en pleine phase de stabilisation, l’entreprise a entre 18 et 36 mois d’existence. Représentant environ 30 % de l’ensemble du réseau, les membres de la catégorie Or ont, quant à eux, une PME déjà bien établie (plus de trois ans d’existence), comptant plusieurs employés et présentant un potentiel de création d’emplois significatif ¹. Les membres de cette catégorie animent des ateliers ou participent en tant que juges à l’évaluation des candidats.

Les formations, le mentorat et les autres avantages réservés aux membres

Le découpage en catégories représente un double intérêt : les formations proposées aux entrepreneurs peuvent être adaptées à la réalité du développement de leur entreprise tout en leur offrant la perspective d’un parcours au sein du réseau – l’objectif étant de les aider à progresser vers la catégorie supérieure. Dispensées par des membres du réseau ou par des consultants extérieurs, les formations visent à favoriser les relations du membre avec le réseau et à développer ses compétences entrepreneuriales. Tous les ans, chaque membre se voit équipé d’une « feuille de route » qui identifie ses points forts (à développer) et ses faiblesses (à corriger) – les formations qu’il doit suivre en découlent.

Réservé aux membres de la catégorie Or, le mentorat international est un élément clé des outils proposés aux entrepreneurs du réseau. Les mentors sont recrutés lors de galas de levée de fonds organisés chaque année au Canada au profit de la Fondation d’Enablis. Chaque mentor international – en général cadre dans une grande entreprise – choisit parmi plusieurs profils l’entrepreneur qu’il conseillera au minimum une fois par mois sur une période de deux ans. Ce programme est aussi un moyen pour la Fondation de récolter des fonds qui sont ensuite reversés à Enablis. La Fondation est ainsi en charge de trouver des « sponsors » – principalement des entreprises qui exercent ainsi leur obligation de responsabilité sociale – qui soutiennent à hauteur de 15 000 dollars chaque binôme mentor-entrepreneur.

Outre le mentorat international, les membres de la catégorie Or bénéficient du programme « E-circle » ². Ce programme rassemble régulièrement les membres par petits groupes de 8 à 10 personnes,  exerçant dans des secteurs d’activités différents et n’étant pas liés par une relation du type client-fournisseur. Les membres engagés dans ce programme souhaitent trouver ensemble une solution à un défi particulier rencontré par l’un d’entre eux. La mise en relation de ces membres de même niveau leur permet d’accéder à la valeur intrinsèque du réseau, celle qui est créée par le partage d’expériences.

Enfin, une plateforme « extranet » vient compléter l’encadrement des membres. Initialement développée avec l’aide de Microsoft, cette plateforme baptisée GENIE (Global Enablis Network Information Exchange) a été complètement remodelée par une PME de la banlieue de Johannesburg. Elle facilite la participation aux formations et l’organisation des rencontres de E-Circle et encourage le développement de réseaux entre les membres tant à une échelle locale qu’internationale.

Accompagner les membres dans leur recherche de financement

Il est reconnu que l’une des principales difficultés rencontrées par les PME des pays en développement et ailleurs demeure l’accès au financement. Alors que la microfinance a généré un fort engouement, les plateformes d’investissement restent rares pour des projets dépassant quelques milliers de dollars. Or, pour les banques traditionnelles, le financement des PME est souvent perçu à la fois comme trop risqué (manque de visibilité sur les projets, mise de fonds propres insuffisante) et trop coûteux.

C’est au sein de ce segment
, appelé « mésofinance », situé entre la banque traditionnelle et la microfinance, qu’opère le bras financier de l’ONG, Enablis Financial Corporation (EFC). Pour combler le vide en matière de financement dont souffrent les PME en démarrage, l’EFC octroie des prêts aux entrepreneurs, en appliquant des critères spécifiques. Tout d’abord, le financement doit être apporté au moment opportun dans le cycle de vie de l’entreprise – ce sont principalement les membres de la catégorie Or qui peuvent être financés dans ce cadre. Le comité d’investissement d’EFC étudie les demandes de prêts qui doivent répondre à des critères de financement préétablis. La viabilité de l’entreprise, son potentiel de création d’emplois locaux sont évalués, ainsi que le parcours du membre au sein du réseau (ancienneté, assiduité aux formations). Composé entre autres de représentants des institutions financières partenaires et de consultants en financement de PME, le comité d’investissement vérifie chaque demande de prêt.

EFC a mis en place des accords avec des banques et autres institutions financières locales, privées et gouvernementales, en Afrique du Sud ³ et en Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie et Rwanda). En ce domaine, EFC privilégie les opérateurs qui cherchent à faire croître leur portefeuille de PME et à améliorer l’offre de produits financiers pour les entreprises. Pour ses partenaires, EFC présente l’avantage de soumettre des demandes d’entrepreneurs qui ont déjà été présélectionnés et pour lesquels elle se porte caution (à hauteur de 50 % des prêts accordés). Au-delà de cette présélection et de la caution apportée, l’encadrement fourni par l’ONG, au travers du soutien entre membres, et le programme de mentorat international, représente aussi pour les banques un gage de sérieux et de qualité. Pour minimiser les risques de défaut, un suivi post-investissement est en place durant toute la période de remboursement : des rencontres mensuelles sont organisées avec tous les entrepreneurs qui ont bénéficié d’un financement pour examiner leurs résultats financiers.

Mais si l’EFC octroie effectivement des prêts aux entrepreneurs membres du réseau (Encadré), Enablis cherche avant tout à outiller ses membres pour qu’ils puissent accéder plus facilement aux financements par leurs propres moyens. Les formations dispensées – par exemple celles traitant de l’élaboration d’états financiers – préparent l’entrepreneur à la constitution de dossiers de financement conformes aux exigences des banques.

Les fonds d’investissement d’Enablis en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, les prêts accordés par Enablis sont gérés par deux fonds. Le Khula Enablis Loan Fund ou « KELF » a été lancé en 2004 ; doté de 4,5 millions de dollars, il est fermé à tout nouveau prêt depuis 2011. Le Khula Enablis SME Acceleration Fund ou « KESAF » dispose lui de 6,25 millions de dollars ; lancé en 2006, il n’accorde plus de nouveaux prêts depuis 2012. Les financements se font sous forme de fonds propres ou en dette. KELF est un fonds de garantie de prêts permettant à des entrepreneurs d’accéder à du financement à des taux préférentiels – à ce jour, il s’est porté caution à hauteur de 2,7 millions de dollars. KESAF se concentre sur les secteurs de croissance à fort potentiel et finance des prêts entre 2 200 dollars et 227 000 dollars ; le montant total des fonds prêtés par le KESAF est de plus de 3,1 millions de dollars. Vingt-neuf des 64 membres financés par l’un de ces deux fonds sud-africains ont d’ores et déjà remboursé la totalité de leurs prêts et ont créé 317 emplois.

Après dix ans d’existence, les résultats sont très encourageants. En Afrique de l’est, plus de 70 % des membres du réseau, interrogés dans le cadre d’un sondage indépendant, ont déclaré qu’ils ont attiré une nouvelle clientèle et amélioré leur offre de produits et de services grâce au soutien d’Enablis. Des études internes ont également permis de démontrer que chaque membre a créé en moyenne huit emplois directs depuis son adhésion au réseau, ce qui signifie qu’au total, près de 20 000 emplois directs ont été générés en Afrique. Enablis a ouvert un bureau à Buenos Aires en Argentine en 2011, s’implantant ainsi en Amérique du Sud, et vise le lancement de ses opérations en Afrique francophone en 2015. Le modèle de croissance du réseau repose désormais sur la constitution d’une fédération, dont les membres sont ses branches locales qui utilisent la méthodologie Enablis pour former leurs entrepreneurs. Ainsi, chacune évoluera comme un organisme sans but lucratif indépendant qui retirera à la fois des bénéfices de son appartenance à la fédération et participera directement à la gestion et à l’évolution de celle-ci. Ce nouveau modèle de développement permettra aussi d’enrichir encore davantage la méthodologie Enablis grâce au partage d’expériences et à l’échange des meilleures pratiques entre les différents organismes membres.

Notes de bas de page :

¹ En Afrique du Sud, une étude fondée sur une auto-évaluation datant de février 2013 démontre que la majorité des membres Or ont l’intention d’embaucher entre une et trois personnes supplémentaires dans l’année qui suit.
² Inspiré d’un programme du Young Presidents’ Organization (YPO), qui met en contact de jeunes dirigeants au sein d’un réseau international. Fondée en 1950 à New York, le YPO rassemble près de 21 000 chefs d’entreprise issus de plus de 125 pays.
³ Par exemple, la banque FNB (First National Bank) et l’agence gouvernementale SEFA (Small Entreprise Finance Agency).