Anhanguera fait partie d’une nouvelle génération d’établissements d’enseignement supérieur privés qui propose une éducation de qualité à prix abordable. C’est notamment grâce à la standardisation de son modèle et d’importantes économies d’échelle que le groupe peut offrir des tarifs accessibles pour les classes moyennes. En facilitant l’accès des jeunes à l’enseignement supérieur, il participe à la démocratisation de l’éducation au Brésil.

Deux employeurs brésiliens sur trois disent rencontrer des difficultés à recruter une main d’oeuvre qualifiée. Tous les secteurs sont concernés – du sec­teur de la construction civile aux nouvelles technologies, en passant par le marketing, la recherche et développement ou encore l’admi­nistration. La pénurie de travailleurs qualifiés grève la productivité et affaiblit l’économie brésilienne. Le système universitaire ne par­vient pas, en effet, à produire les niveaux et les profils d’employés recherchés sur le mar­ché du travail alors que la forte croissance économique brésilienne génère des besoins sans précédents.

Si l’enseignement supé­rieur était traditionnel­lement réservé à l’élite socio-économique du pays, d’importants ef­forts ont été engagés par l’État dans les an­nées 1990 pour en élar­gir l’accès. De nouvelles universités publiques ont été créées et un programme de bourses d’études mis en place. Une modification fon­damentale du cadre lé­gislatif brésilien a égale­ment autorisé, en 1997, les établissements d’en­seignement privé à réaliser des bénéfices dans un marché jusque-là réservé au secteur non lucratif. Cette évolution a provoqué l’arrivée massive d’acteurs privés dans l’éducation su­périeure, dont le nombre a quintuplé en seule­ment 10 ans. En 2011, on comptait 2 365 éta­blissements privés contre 284 établissements publics.

Ces établissements ont joué un rôle important dans la démocratisation de l’éducation supé­rieure (Figure). Le nombre d’étudiants a for­tement progressé (+ 91 %), tout comme l’en­seignement à distance (+ 12 % entre 2011 et 2012). Aujourd’hui, les établissements privés du supérieur accueillent 73 % des étudiants. Comme l’accès aux universités publiques est verrouillé par des concours extrêmement sélectifs, ces nouveaux établis­sements viennent répondre aux aspirations d’une classe moyenne en pleine croissance, consciente de la valeur que représente un diplôme universi­taire. Un jeune diplômé brésilien gagne en ef­fet en moyenne trois fois plus qu’un étudiant ayant arrêté sa scolarité dans le secondaire (contre 1,7 fois aux États-Unis et 1,5 fois en France).

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Malgré ces avancées, le taux de scolarisation dans l’éducation supérieure n’est, au Brésil, que de 7 % en moyenne (5 % dans les couches les plus populaires). Plus d’un million de jeunes qui ont terminé l’enseignement secon­daire n’ont pas les revenus suffisants pour suivre des cours dans des institutions privées classiques.

Une offre éducative abordable

Anhanguera fait partie d’une nouvelle généra­tion d’entreprises privées qui sont nées avec l’engagement de démocratiser l’accès à l’université. Le groupe, créé en 2003, a développé une offre d’enseignement supérieur privé dimensionnée pour les classes C et D¹ – 60 % de ses étudiants vivent avec un revenu mensuel moyen inférieur à 1 250 réaux brési­liens (environ 380 euros). Il propose des frais de scolarité abordables, habituellement infé­rieurs à ceux de la concurrence. Le format d’enseignement est également adapté au quotidien de ces étudiants issus des classes moyennes et populaires qui tra­vaillent le plus souvent le jour et étudient la nuit. Par ailleurs, pour favoriser l’accès des plus défavori­sés à l’enseignement privé, le groupe réserve 10 % des inscriptions à des étudiants bour­siers dans le cadre du programme étatique « ProUni »² – qui leur permet de bénéficier en contrepartie d’une réduction d’impôts.

Ces tarifs attractifs sont rendus possibles par la standardisation de l’environnement éducatif (bâtiments et matériel) et par celle du contenu des programmes. D’importantes économies d’échelle peuvent être réalisées grâce à la taille du réseau d’Anhanguera et à un système de gestion centralisé. Les fonctions achat, gestion administrative et financière, ainsi que l’élabo­ration des programmes d’études de l’ensemble des centres sont regroupées au siège. Une équipe d’ingénierie supervise pour l’ensemble du groupe la construction des bâtiments et leur rénovation – permettant là aussi des éco­nomies dans l’achat des matériaux. Le recours au temps partiel pour les enseignants – qui représentent 70 % des dépenses du groupe – permet également de réduire les coûts opéra­tionnels.

Une croissance planifiée et réussie

Le développement d’Anhanguera est sympto­matique de l’essor d’un marché – celui de l’en­seignement universitaire – et d’un contexte – le boom sans précédent de la classe moyenne. À l’origine, Anhanguera était une petite insti­tution à but non lucratif basée à Leme, dans l’État de São Paulo, disposant de quatre centres d’enseignement et comptant 9 000 étudiants. En 2003, Anhanguera se transforme en so­ciété anonyme. Deux ans plus tard, le fonds Fundo de Educação para o Brasil (FEBR) créé par Patria Investimentos devient l’actionnaire majoritaire du groupe. Au-delà de l’investisse­ment, l’entrée au capital de FEBR a engagé la société dans la mise en oeuvre d’une stratégie à long terme – planifiant le processus de crois­sance et d’expansion d’Anhanguera. Elle s’est aussi accompagnée d’un processus de profes­sionnalisation et de normalisation des procé­dures opérationnelles et de gestion.

Au milieu des années 2000, de plus en plus de jeunes brésiliens ont commencé à avoir les moyens d’investir dans un diplôme sans pour autant trouver sur le marché une offre abordable. Il existait donc une forte demande à satisfaire et un potentiel de marché impor­tant pour Anhanguera. Pour soutenir la crois­sance du groupe, le fonds Patria n’était plus suffisant et le coût de la dette trop élevé. L’in­troduction en bourse est apparue comme le meilleur moyen de répondre aux importants besoins de financement d’Anhanguera. En 2007, le groupe a été la première institution d’enseignement supérieur d’Amérique latine à être introduite en bourse. Levant l’équiva­lent de 410 millions de dollars, il a pu croître rapidement – principalement en acquérant des universités existantes. Ce modèle de crois­sance « par acquisition » comporte plusieurs avantages par rapport à un développement orienté sur la création de nouvelles univer­sités. Les établissements disposent déjà des autorisations administratives nécessaires³, les étudiants ont déjà été recrutés, l’entreprise génère un certain profit. L’enjeu est alors plus de changer le coût du modèle, d’améliorer l’ef­ficacité et la qualité de l’offre éducative.

Anhanguera compte aujourd’hui 70 centres d’enseignement dans 9 États différents et accueille 441 000 élèves. La performance fi­nancière du groupe est reconnue sur les mar­chés. Cette reconnaissance est le résultat d’un développement réussi et un signe de l’attrac­tivité nouvelle du marché auprès des investis­seurs privés. Avec 26 millions de personnes âgées entre 18 et 24 ans, le marché brésilien de l’éducation supérieure pèserait en effet 17,6 milliards de réaux (environ 7 milliards de dollars) par an. Anhanguera a su tirer parti de ce contexte favorable mais aussi définir, organiser et réussir sa croissance – en asso­ciant un savoir-faire technique (porté par une équipe pédagogique) à un savoir-faire finan­cier et organisationnel.

Un modèle de qualité normé et garant d’une image de marque

Anhanguera a beaucoup investi dans la qualité de son enseignement. Le contenu des cours est développé au niveau de la maison mère par une équipe de professionnels et répli­qué dans tous les établissements du réseau. Les programmes, les matériaux scolaires et les procédures de fonctionnement sont les mêmes partout, quelques soient les modalités d’enseignement – en présentiel ou à distance. Cette stratégie permet, au-delà des bénéfices pour les élèves qui peuvent migrer d’un centre à un autre, d’introduire des normes de qualité identiques dans tout le groupe. C’est aussi la clé de la réussite de son développement rapide durant ces dernières années.

Pour maintenir ce niveau de qualité et faire évoluer ses formats d’enseignement, Anhan­guera a instauré un dispositif complet d’éva­luation. Des enquêtes internes – portant sur le contenu des cours, les infrastructures et les professeurs – sont réalisées pour identifier les manques dans le curriculum et les déficiences de fonctionnement. Les étudiants sont aussi régulièrement évalués. Une plateforme tech­nologique permet, par ailleurs, d’identifier les étudiants en difficultés scolaires, qui peuvent ensuite bénéficier d’un accompagnement personnalisé dans la préparation de leurs di­plômes.

La qualité de l’enseignement d’Anhanguera tient aussi à son modèle pédagogique orienté vers la pratique et à ses liens étroits avec le monde professionnel. Les curriculums sont définis en fonction des besoins identifiés sur le marché du travail. Par ailleurs, le corps pro­fessoral est composé à plus de 75 % par des intervenants extérieurs, issus du monde du travail. Ceci répond à la volonté de dispenser un enseignement plus pratique que théorique. D’ici dix ans, pour trouver un emploi qualifié, il ne suffira pas d’avoir un diplôme universi­taire. La concurrence sur le marché du tra­vail brésilien se fera à diplôme égal – ce sont donc la qualité de l’enseignement, l’image de marque de l’établissement et sa capacité à ré­pondre aux besoins des entreprises qui feront la différence.

L’accès à l’éducation pour tous est une condi­tion essentielle pour que le Brésil s’affirme comme une grande puissance. En donnant à des milliers de jeunes l’accès à l’enseignement supérieur, des groupes privés comme Anhan­guera participent à la démocratisation de l’éducation. Leur rôle sera clé pour continuer à faire progresser la scolarisation dans le supé­rieur. Mais, pour qu’ils puissent pleinement exploiter ce poten­tiel de marché, il faudra que l’Etat poursuive ses efforts en faveur de l’éducation primaire et secondaire pour préparer en nombre et en qualité les étu­diants à l’éducation supérieure.

Le défi de demain ne sera pas seulement d’ac­croître le nombre d’étudiants, mais de former – au-delà de simples étudiants – des travail­leurs qualifiés répondant aux besoins du mar­ché du travail. Pour faire face à ces défis, les établissements doivent disposer d’une équipe de management expérimentée, d’une équipe d’enseignants solide, de cursus en constante amélioration, d’un enseignement de qualité et d’investisseurs convaincus. Dans un environ­nement qui deviendra rapidement plus com­pétitif, ceux qui ne parviendraient pas à fran­chir ce saut qualitatif sont sans doute voués à l’échec.

Encadré :

REPÈRES – Société cotée en bourse, Anhanguera est un des groupes privés les plus importants du secteur de l’éducation au Brésil. Plus de 400 000 personnes sont inscrites dans ses 70 campus et plus de 500 centres d’enseignement à distance. Implantée dans tout le pays, la société propose plus de 90 formations universitaires de premier et deuxième cycle en commerce, comptabilité, droit, ingénierie et sciences sociales appliquées.

Notes de bas de page :

¹ La classe C est la classe moyenne ; elle représentait 55% de la population brésilienne en 2011 et correspond à des revenus mensuels moyens compris entre 680 et 2 900 euros. La classe D est la classe populaire (20 % de la population) aux revenus mensuels moyens inférieurs à 680 euros.
² Créé par l’État fédéral en 2004 et piloté par le ministère de l’Éducation, le programme « Université pour tous » (ProUni) offre des bourses aux étudiants brésiliens qui ne possèdent pas de diplôme d’études supérieures et qui souhaitent intégrer des établissements privés.
³ La création d’un nouveau centre universitaire nécessite en effet l’obtention d’une autorisation délivrée par le ministère de l’Éducation – qui n’est accordée que deux ans après le dépôt de la demande, période durant laquelle aucun étudiant ne peut s’inscrire.

Références/ UNESCO-Institut de statistique, 2012. Recueil de données mondiales sur l’éducation 2012. Opportunités perdues : Impact du redoublement et du départ prématuré de l’école.