En Asie du Sud-Est il existe, pour le secteur privé, d’incontestables opportunités d’investissement dans les énergies renouvelables qui résultent de l’accroissement de la demande, du soutien des politiques publiques et du développement de la supply chain. Aujourd’hui, le capital provient principalement des fonds de private equity, d’entreprises locales et d’investisseurs privés. Les bases, sur lesquelles un renforcement de la collaboration entre le secteur public et le secteur privé pourra prendre appui sont désormais posées, et permettront de produire les investissements nécessaires à la satisfaction des futurs besoins énergétiques de la région.

Pour assurer la croissance qu’ils anticipent, les pays de l’ASEAN-5 ¹ devront augmenter leurs capacités de production énergétique de 20 à 40% à l’horizon 2025. Le coût élevé des importations de combustibles fossiles et la dépendance à ces énergies, qui ne pourront être indéfiniment subventionnées, contribuent à l’explosion des déficits budgétaires. C’est pourquoi, les décideurs de ces pays commencent à s’intéresser de plus près aux progrès réalisés ailleurs en matière d’énergies renouvelables.

Bloomberg² estime à 233 GW les capacités de production d’énergie dite propre qui pourraient être installées d’ici à 2030, ce qui représente un investissement de plus de 500 milliards de dollars. Peut-on y voir une opportunité pour les fonds de private equity tel Armstrong ?  (Figure 1).

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L’intérêt économique des énergies renouvelables

Le coût a été le principal moteur de la croissance observée ces dernières années dans le domaine des énergies renouvelables. Entre 2000 et 2006, les nations de l’ASEAN-5 abordaient encore avec circonspection le développement de ces énergies, dans la mesure où leur coût était perçu comme élevé. On avait certes pu observer quelques succès précurseurs qui préparaient le terrain pour de nouveaux développements ; ce fut notamment le cas du programme Very Small Power Producer (VSPP), mis en place en Thaïlande dès 1992 pour les très petits producteurs d’énergie, et qui avait ensuite été revu en 2001 et en 2004. Mais l’engagement en faveur des énergies renouvelables ne s’est véritablement confirmé que face à la baisse de leur coût de production, à la hausse des prix du pétrole et aux inquiétudes croissantes sur la sécurité énergétique (Figure 2).

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Dans les pays du Sud-Est asiatique, la production d’électricité repose largement sur les pétrole et ses dérivés , en raison notamment de la dispersion géographique de leurs populations et de l’inadéquation des réseaux électriques. La Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam, déjà de plus en plus dépendents du gaz naturel liquéfié (GNL), largement utilisé pour la production électrique des centrales, voient leur importations croitre au même titre que celles de la Chine, du Japon, de la Corée, de la Malaisie, de Singapour et de la Thaïlande.. Mais la forte hausse des prix du pétrole au cours des dix dernières années a aussi entraîné un prix de revient élevé du GNL, autour de 15-20 USD/MMBTU ³, ce qui aboutit à un coût de l’énergie compris entre 0,15 et 0,25 USD/kWh environ.

La dépendance de l’Asie du Sud-Est aux importations pétrolières suscite en outre des inquiétudes quant à sa sécurité énergétique, tandis que la production et les prix du pétrole restent un sujet politiquement très sensible. Dans ce contexte, les énergies renouvelables peuvent jouer un rôle de  rempart face à la fluctuation des prix du pétrole et conférer aux économies à forte croissance un certain niveau d’autosuffisance, ce qui représente une perspective séduisante pour les pouvoirs publics.

Aujourd’hui, dans la plupart des situations, le coût des énergies renouvelables est inférieur à celui de leurs alternatives possibles et, dans le cas de l’énergie solaire, éolienne ou hydroélectrique, ce coût est essentiellement fixe pour des périodes pouvant aller de vingt-cinq à quarante ans. On observe  ainsi que tant les utilities, que les distributeurs, les producteurs d’électricité indépendants  ou encore les consommateurs ne cessent de voir leur demande augmenter.

L’Asie du Sud-Est dispose d’importantes ressources en énergie renouvelable qui, conjuguées à la diminution des coûts, l’ont désormais rendue moins onéreuse que celle produite par les centrales électriques au fioul ou au gaz naturel importés – pour une économie très souvent significative. Même l’énergie solaire, souvent perçue comme ayant le prix de revient le plus élevé, est aujourd’hui économiquement viable selon les études réalisées par Armstrong sur le coût moyen actualisé de l’électricité 4 en Asie du Sud-Est (Figure 3).

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Renforcer et améliorer  le soutien des pouvoirs publics

Les autorités gouvernementales des pays du Sud-Est asiatique subissent une pression accrue pour assurer une croissance pérenne par des investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures, tout en surveillant de près les déficits budgétaires et la stabilité de leurs monnaies. Elles peinent à maintenir cet équilibre. En Indonésie, par exemple, les subventions énergétiques, qui concernent principalement les combustibles fossiles (Figure 4), dépassent systématiquement le montant des dépenses cumulées de santé, de défense, d’éducation et de protection sociale.

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Dans un tel contexte, les pouvoirs publics, de plus en plus conscients du rôle que peuvent jouer les capitaux privés, ont introduit des initiatives visant à soutenir et à accélérer le développement des infrastructures requises. Les succès rencontrés dans l’installation et la mise en service d’unités de production d’énergies renouvelables ont permis aux gouvernements de la région de s’engager sur la voie d’un développement plus offensif et plus crédible, à des prix de revient compétitifs. La Thaïlande a ainsi fixé à 25% l’objectif de la part des énergies renouvelables dans sa consommation totale d’énergie d’ici à 2022 5. En Indonésie, cet objectif est également de 25% d’ici 2025, tandis qu’il est de 40% pour les Philippines à l’horizon 2020. L’Union européenne vient pour sa part de réviser son objectif 2030, désormais fixé à 27%.

Pour atteindre les ambitions affichées en Asie du Sud-Est et encourager l’investissement privé, les pouvoirs publics de la région accroissent leurs objectifs sur la proportion de projets soumis aux dispositifs FIT 6, apportant davantage de clarté aux mécanismes de paiement et prenant les mesures nécessaires pour que les projets en question respectent les délais d’achèvement prévus. L’Indonésie soutient une politique de la carotte et du bâton, qui consiste à augmenter de 64% les tarifs de l’hydroélectricité, avec en regard la mise en place d’un calendrier très strict, assorti de pénalités de retard. La Thaïlande a accéléré le développement de 1 445 MW d’énergie solaire supplémentaires, tandis que les Philippines progressent dans le sens d’une plus grande transparence de leurs mécanismes FIT. Elles ont en effet clarifié le dispositif, en confiant à la National Transmission Corporation le pouvoir transitoire d’allouer aux FIT une dotation spécifique qui permette de régler les entrepreneurs dans les délais. En parallèle, elles ont attribué 500 MW supplémentaires à l’énergie solaire et introduit un mécanisme d’indemnités visant à récompenser les projets qui respectent pleinement le calendrier fixé.
À ce stade néanmoins, les responsables politiques doivent s’attaquer à l’élimination de ce qui peut encore faire obstacle à un rapide changement d’échelle du marché. Parmi les freins, on peut citer les délais très longs et la complexité d’obtention des permis, ainsi que des systèmes opaques d’octroi des licences, qui ne permettent pas aux développeurs du secteur privé d’accéder au réseau en temps voulu.

Certains éléments macroéconomiques aux impacts planétaires profonds ont également contribué aux dernières évolutions. Ainsi, la récente chute des prix du pétrole a permis de réduire les subventions énergétiques, et donc de réorienter les politiques publiques en faveur d’un mix énergétique durable. La Malaisie a ainsi mis fin aux subventions de l’essence et du diesel dès le 1er décembre 2014 et adopté un mécanisme flottant encadré pour fixer le prix de l’essence. De même, l’Indonésie a en partie supprimé les subventions, autorisant de ce fait une hausse immédiate de 30% du prix des carburants.

Un environnement propice

En règle générale, les investisseurs « pionniers », ceux qui ouvrent la voie en s’engageant dans des projets d’infrastructures de pays émergents, sont souvent confrontés au choix suivant : soit ils travaillent avec un développeur local manquant d’expérience, soit ils acceptent de financer la première incursion dans le pays d’une entreprise internationale expérimentée. En outre, les institutions financières sont souvent réticentes à s’associer les premières à de nouveaux types de projets, tandis que les pouvoirs publics ont tendance à se montrer circonspects face aux capitaux privés étrangers. À ces défis s’ajoutent aussi les difficultés liées aux réalités de la supply chain et à la faiblesse des services d’assistance et de maintenance.
Fort heureusement, la situation  évolue dans le bon sens. Les mouvements qui s’opèrent au sein même du secteur des énergies renouvelables et les politiques publiques qui leur sont favorables (les deux phénomènes venant d’ailleurs se renforcer mutuellement) ont créé, en Asie du Sud-Est, un environnement extrêmement propice au développement de ces activités. Grâce aux premières initiatives des politiques publiques qui commençaient à porter leurs fruits d’une part, et aux leviers fondamentaux qui continuaient d’agir sur les énergies renouvelables d’autre part, une taille critique a pu être atteinte dans le solaire, l’éolien et les petits générateurs hydroélectriques. ;L’offre a ainsi pu atteindre un degré de maturité suffisant pour prétendre à la pérennité.

Du point de vue des financeurs, l’intérêt économique croissant et l’appui des politiques publiques ont suffi à compenser en partie les risques liés à la construction et à l’exploitation des installations qui produisent de l’énergie renouvelable en Asie du Sud-Est. Ce type d’énergie acquiert progressivement une plus grande reconnaissance, et de nombreux exemples de réussite peuvent aujourd’hui servir de références. Au vu de ces évolutions, des développeurs de projets compétents et chevronnés, des fournisseurs d’équipement de premier plan au niveau mondial et toute une palette de consultants et de cabinets d’avocats internationaux ont aujourd’hui pris conscience de l’opportunité qui s’offre à eux. Ils ont implanté leurs activités localement pour accompagner la croissance en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines.

Des investisseurs institutionnels tels que les compagnies d’assurances ou les fonds de pension sont quant à eux constamment à la recherche d’actifs stables, avec des durées de vie permettant d’équilibrer leurs passifs à long terme. Les installations qui exploitent des sources d’énergies renouvelables constituent de ce point de vue des actifs très attrayants, dans la mesure où leurs profils de cash-flows correspondent à ceux des pensions et rentes versées. Le caractère stable de leurs opérations en fait également un bon outil de diversification des portefeuilles traditionnels investis en actions ou en obligations.

Dans les pays développés tels les Etats-Unis ou en Europe, de nouveaux types de structures juridiques et de véhicules d’investissement sont apparus, comme les project bonds (produits obligataires adossés à des projets d’infrastructures), les solar real estate investment trusts (véhicules fiduciaires d’investissement dans des actifs immobiliers affectés à la production d’énergie solaire)  ou les public solar ownership funds. Tous ces instruments sont destinés à rendre plus liquide l’investissement dans des projets en lien avec l’énergie solaire, permettant aux développeurs d’accéder au financement sur les marchés de capitaux. Plus récemment, on a pu voir des investisseurs institutionnels américains se porter acquéreurs de solar bonds, dans la mesure où les portefeuilles investis dans ces actifs ont fait l’objet de titrisations. Des fonds de pension se sont également montrés disposés à acheter, pour les garder en portefeuille, des actifs adossés aux énergies renouvelables.

À mesure que le système financier et le secteur des énergies renouvelables gagnent tous deux en maturité en Asie du Sud-Est, l’intérêt pour les actifs en lien avec l’exploitation de ces énergies devrait se développer fortement. Ces classes d’actifs procurent en effet aux investisseurs une précieuse exposition à la croissance à long terme de la région, pour un profil de risque encadré. Les investisseurs institutionnels ont déjà fait la preuve leur appétit pour le co-investissement dans le Sud-Est asiatique, notamment dans les domaines de la microfinance et du commerce électronique. Nous nous attendons à ce que l’intérêt pour le secteur des énergies renouvelables aille croissant dans la région, avec une présence accrue des fonds de private equity, qui injectent dans l’équation leur savoir-faire, leur expertise sectorielle et leur expérience spécifique de chaque pays.

L’attractivité économique, l’appui des politiques publiques et le développement de la supply chain sont les trois facteurs-clé qui ont fait du domaine des énergies renouvelables un incontestable vecteur d’opportunités pour les investissements du secteur privé. Les principales sources de capital émanent aujourd’hui des fonds de private equity comme Armstrong, mais aussi d’entreprises régionales et d’investisseurs privés. Les premiers investissements de ces capitaux privés ont encouragé l’action des pouvoirs publics, qui lancent de nouvelles initiatives visant à accroître encore leur participation. Devant les succès rencontrés par ces pionniers , des investisseurs institutionnels du secteur privé dotés d’une surface financière plus importante comme les fonds de pension et les compagnies d’assurance seront encouragés à augmenter leur participation. Ces derniers sont d’autant plus susceptibles de participer au mouvement que leur profil d’investissement à long terme correspond tant à la durée de vie des actifs adossés aux énergies renouvelables qu’aux perspectives de génération de cash-flows attrayantes.
En tant qu’investisseur de long terme dans les énergies renouvelables en Asie du Sud-Est, Armstrong considère que les bases sont aujourd’hui incontestablement posées pour que puisse se poursuivre le développement des infrastructures dans ce domaine, comme le démontre la convergence qui s’observe entre des politiques publiques de soutien avisées, la diminution du coût des équipements et la compétence des acteurs en présence. La poursuite de la collaboration entre le secteur public et le secteur privé permettra de bâtir sur la base de ces fondations  afin d’atteindre les niveaux d’investissement nécessaires qui répondront aux futurs besoins énergétiques des économies de l’Asie du Sud-Est, en pleine expansion.

 

Thaïlande : étude d’un cas concret

La Thaïlande a démontré sa volonté d’accéder, par le développement des énergies renouvelables, à l’indépendance énergétique. Cette volonté se manifeste par le biais de politiques publiques de soutien poursuivies sans interruption depuis plus de dix ans, indépendamment des changements de gouvernement qui sont intervenus. Le pays dispose aujourd’hui d’une capacité installée de 700 MW en solaire photovoltaïque et de 3 000 MW en bioénergie. Avec un objectif tout à fait crédible de 25% du total énergétique provenant des énergies renouvelables à l’horizon 2022, l’engagement des pouvoirs publics, resté intact,  a contribué à dissiper les inquiétudes sur le plan politique.
Dans ce pays, le secteur de l’énergie solaire arrive rapidement à maturité, grâce à la présence sur le terrain de nombreux acteurs qui continuent d’y développer leurs activités : fournisseurs de systèmes et d’équipements, entreprises d’ingénierie, d’approvisionnement logistique et de construction (dites EPC), consultants, et autres prestataires de services. Les développeurs sont de ce fait à même de bénéficier d’économies d’échelle, tandis que les investisseurs obtiennent, de la part des sociétés d’EPC, des offres plus compétitives qui contribuent à améliorer le retour sur investissement. Pour tirer parti de ce contexte, Armstrong a noué un partenariat avec Symbior Solar Siam, filiale du groupe hongkongais Symbior Energy.
Cet accord vise le développement et l’exploitation d’une centrale solaire photovoltaïque de 1 MW dans le Nord-Est de la Thaïlande, ainsi que de cinq autres centrales photovoltaïques totalisant une capacité de 29 MW et situées dans les provinces de Chachoengsao, Prachinburi et Nakhon Sawan.
L’attractivité économique croissante, le soutien avéré des politiques publiques et les effets d’un environnement opérationnel dont les progrès viennent s’autoalimenter font de la Thaïlande le candidat idéal pour devenir, dans les cinq prochaines années, la plaque tournante de l’essor des énergies renouvelables en Asie du Sud-Est. Cela fait aussi du pays un marché-clé pour le développement de toutes les activités liées aux énergies propres, la construction de portefeuilles d’investissements, les introductions en bourse et l’émergence d’un marché des fusions-acquisitions.

 

Notes de bas de page :

1 L’appellation ASEAN-5 fait référence aux cinq principales nations du Sud-Est asiatique, à savoir l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam.
2 Bloomberg New Energy Finance 2014, 2030 Market Outlook, accessed December 4, 2014 www.bnef.com
3 MMBT (ou mmBTU) est l’abréviation de 1 million de British Thermal Unit (BTU). Le BTU est une unité anglo-saxonne de mesure de l’énergie contenue dans un combustible utilisé pour produire de l’électricité. Un BTU équivaut à 1,06 joules. 
4 L’Agence américaine d’information sur l’énergie (US Energy Information Administration ou EIA) considère le coût moyen actualisé de l’électricité (« levelised cost of electricity » ou LCOE) comme un outil permettant de comparer efficacement la compétitivité de différentes méthodes de production d’électricité en terme de coût global. Elle le définit comme le coût par kilowattheure (calculé en dollars constants) correspondant à la construction et à l’exploitation d’une centrale électrique pour un cycle de vie et de financement déterminé. Les principales données entrant dans le calcul du LCOE sont le coût du capital, le prix de revient des combustibles, les charges d’exploitation et d’entretien fixes et variables, les coûts de financement et le taux d’utilisation estimé pour chaque type de centrale considéré.
5 Source : http://www.boi.go.th/tir/issue/201403_24_3/42.htm
6 Les FIT (feed-in tariffs) constituent une mesure économique destinée à stimuler l’investissement et la production dans le domaine des énergies renouvelables. Ces systèmes de tarification incitative s’appuient sur des contrats à long terme conclus avec les producteurs d’énergie renouvelable, dans lesquels les prix de rachat sont directement corrélés aux coûts de production. Le caractère long terme de ces contrats et la garantie de tarification protègent en partie les producteurs des risques inhérents à la production d’énergie renouvelable, favorisant de ce fait une plus grande diversité dans les technologies énergétiques employées.