La Kenya’s Association of Manufacturers (KAM) s’est associée à l’AFD pour encourager le développement de projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique dans le secteur manufacturier. L’initiative SUNREF offre aux porteurs de projets de l’assistance technique, et un accès facilité à des financements. L’implication d’une banque locale, soutenue à la fois techniquement et financièrement, est l’une des clés de sa réussite.

Cet article est extrait du numéro 22 sur le Climat

Au cours des huit dernières années, la croissance du secteur manufacturier kenyan a ralenti1 en raison notamment de l’augmentation du coût de l’énergie et des difficultés de production et de distribution. Les coûts énergétiques peuvent en effet représenter jusqu’à 40 % du coût total de fabrication d’un produit. Bien souvent, les entreprises doivent produire elles-mêmes l’énergie qu’elles consomment et sont très dépendantes des dérivés pétroliers. Au Kenya, le coût de l’électricité est l’un des plus élevés de la région (Figure), ce qui vient émousser l’avantage concurrentiel du pays. Face à cela, le Kenya encourage
l’exploitation de ses vastes ressources en énergies renouvelables (solaire, éolien et géothermie) et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Mais d’importantes incertitudes dissuadent encore les investisseurs et freinent l’investissement à long terme dans le secteur. La Kenya’s Association of Manufacturers (KAM) participe à la recherche de solutions pour favoriser l’efficacité énergétique dans le secteur manufacturier et renforcer les compétences des institutions financières locales en la matière. C’est d’autant plus important que le secteur manufacturier joue un rôle clé dans le développement du Kenya, par sa capacité à créer des emplois et son effet d’entrainement sur les autres secteurs de l’économie.

 

Promouvoir l’optimisation énergétique

La KAM a recherché des partenaires pour développer des solutions en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Elle s’est d’abord associée au Fonds pour l’environnement mondial2, avec l’objectif de former des auditeurs pour réaliser des diagnostics énergétiques de sites industriels, et du personnel technicien pour contrôler la consommation d’énergie. Les mesures proposées à l’issue de ces diagnostics ont cependant rarement été mises en œuvre, en particulier celles dont le coût était élevé – alors même qu’elles auraient permis d’importantes économies d’énergie.

L’Agence danoise pour le développement international s’est jointe en 2011 à l’initiative de la KAM, dans le but d’élargir le cadre du programme. Il est rapidement devenu évident qu’il manquait au dispositif un volet relatif au financement, en complément de l’assistanencourager la participationce technique destinée aux porteurs de projets et aux banques. Cela représentait un défi majeur, car aucune banque commerciale ne finançait à l’époque des projets d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique. En dépit du dynamisme et du potentiel de rentabilité de ces secteurs, les investisseurs avaient une compréhension insuffisante de leurs bénéfices et une perception exagérée des risques.

Combiner financement et assistance technique

La KAM a donc conclu un partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD) afin de fournir aux porteurs de projets et aux banques des financements, de même qu’une assistance technique. Le programme, dénommé « Sustainable Use of Natural Resources and Energy Finance » (SUNREF) combine des outils techniques (renforcement de capacité, appui institutionnel, formation, etc.) et des outils financiers (prêts, subventions, garanties, etc.).

L’assistance technique3 – centrée essentiellement sur la mise en œuvre de diligences visant à réduire les risques techniques des projets et donc le risque financier encouru par les banques – a largement permis de débloquer le marché. Les banques du pays ont reçu des formations en matière de financement de projets et d’évaluation du risque de crédit. Les porteurs de projets ont bénéficié d’un appui pour améliorer leurs dossiers de financement et satisfaire aux critères d’évaluation des banques – à travers des financements de pré-investissement, d’études de faisabilité et de modélisation financière.

La KAM a proposé que le volet financier soit géré par le secteur privé, avec les banques commerciales locales qui interviennent en tant que prêteurs, tandis que l’AFD assure leur refinancement en mettant à leur disposition des lignes de crédit à long terme à des taux favorables. Grâce à cela, elles peuvent saisir l’opportunité de financer des projets de petite ou moyenne taille, en lien avec la lutte contre le changement climatique. L’AFD s’est chargée de l’identification des partenaires (Encadré 1), en lançant un appel d’offres auprès des banques locales et en pilotant la sélection des banques. Ce processus a abouti au choix de la Cooperative Bank4, et des discussions sont actuellement en cours avec une autre banque en Ouganda.

La sélection et l’accompagnement des partenaires financiers de SUNREF Céline Bernadat, Chef de projet dans le département Institutions financières et secteur privé de l’AFD

Le choix d’une institution financière partenaire dépend de plusieurs critères et notamment de sa politique en matière de crédit. Les principales institutions financières sont prises en compte dans le processus de sélection, de même que les plus petites, souvent plus dynamiques et innovantes. La stratégie affichée par l’institution en matière de lutte contre le changement climatique et la disponibilité de ses équipes pour se consacrer à ces sujets sont également des critères de sélection. Le portefeuille de la banque doit idéalement être composé de clients intervenant dans le secteur de l’énergie ou dans un secteur stratégique connexe, et/ou de petites et moyennes entreprises. Les processus internes sont de plus passés en revue. L’assistance technique apportée par SUNREF vise à lever les difficultés pratiques de mise en œuvre, aussi bien pour les porteurs du projet que pour les institutions financières locales. Il s’agit d’aider les parties prenantes à identifier un portefeuille d’opérations susceptibles d’être financées. Son objectif est également d’améliorer la compréhension qu’ont les banques des enjeux de financement du climat et de les aider à mieux évaluer les risques associés à ce type d’investissements. L’ambition du programme est enfin de contribuer au développement ou à la consolidation d’une stratégie de financement « vert », avec des procédures dédiées et une offre structurée.

Sans aucun effort de marketing, cinquante projets ont pu être identifiés dans les trois premiers mois, grâce essentiellement au bouche-à-oreille – ce qui en montre l’énorme potentiel. En outre, l’initiative a joué un rôle clé dans la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans le pays – l’instauration par le Kenya d’un système de tarifs de rachat, en décembre 2013, constituant l’une de ses réussites majeures.

Relever les défis

Bien sûr, les défis ont été nombreux, particulièrement la première année. En dehors de l’attitude des responsables crédit – souvent arc-boutés sur leurs procédures d’évaluation de crédit –, ce sont surtout le manque de savoir-faire en matière de financement de projets et l’aversion au risque des banquiers qui ont été les principaux obstacles. En outre, les porteurs de projets – en particulier dans les industries de transformation – n’ont pas encore pleinement pris conscience des opportunités majeures qu’offre l’efficacité énergétique. Enfin, même si un certain nombre de banques ont manifesté leur intérêt, une seule a finalement rejoint le programme – les banques portent en effet sans doute davantage d’intérêt pour les projets de grande ampleur, tandis que le programme privilégiait les petites et moyennes opérations.

Le financement des énergies propres est aussi freiné par le manque de capacités des porteurs de projets en matière de développement. Dans les faits, ce sont souvent les banques qui ont dû former leurs clients sur les énergies renouvelables et les enjeux de l’efficacité énergétique. En acquérant elles-mêmes un savoir sur le sujet, les banques partenaires ont joué un rôle décisif dans la construction d’un modèle pérenne, à l’appui du programme de financement.

Malgré les difficultés, SUNREF a contribué au développement de quatre-vingts projets (Encadré 2). Entre 2012 et 2014, vingt projets ont été jugés éligibles à un financement. Huit d’entre eux ont déjà reçu des financements, pour un montant total de 37 millions de dollars, et sont actuellement terminés ou en cours d’achèvement. L’équipe de SUNREF a par ailleurs joué un rôle décisif dans l’évolution des mentalités du secteur manufacturier, en amenant une prise de conscience de l’importance de l’efficacité énergétique et de ses effets sur la compétitivité et les résultats des entreprises. Au total, le programme a jusqu’ici permis de réduire les émissions de dioxyde de carbone du Kenya de 65 kilotonnes annuelles grâce à l’installation de 22 mégawatts de capacité en énergies renouvelables, pour une production qui devrait atteindre 120 gigawattheures par an.

Les panneaux solaires de l’université de Strathmore

Le projet photovoltaïque de l’université de Strathmore illustre les initiatives soutenues dans le cadre de SUNREF. Le programme a fait intervenir un spécialiste de l’énergie photovoltaïque qui a pu évaluer la bancabilité du projet et délivrer le certificat d’éligibilité technique et financière. L’université a alors pu déposer sa demande de prêt, et la banque a pré-réservé les fonds sur la facilité de l’AFD. Le comité de crédit de la banque a ainsi pu s’assurer que la facilité de l’AFD permettrait de répondre aux besoins du projet en terme de maturité et de taux de financement. Une fois le dossier accepté par le comité de crédit, la banque a pu demander à l’AFD un décaissement des fonds. Grâce à l’énergie renouvelable générée par son système de panneaux photovoltaïques de toiture, l’université est aujourd’hui en mesure de produire jusqu’à 600 kilowatts en régime de pointe. Les coupures de courant appartiennent désormais au passé et l’université va économiser chaque année 93 000 dollars sur ses dépenses d’énergie.

À ce jour, le programme SUNREF a favorisé l’investissement de plus de 55 millions de dollars dans des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Pour sa deuxième phase, il bénéficie d’un financement de 60 millions d’euros de la part de l’AFD et, au vu du succès rencontré, trois nouvelles banques se sont intéressées à cette initiative. La KAM espère que le secteur financier du pays sera bientôt en mesure de proposer et de développer à partir de ses propres ressources des produits adaptés aux besoins de ces projets. Il convient de rappeler que le succès du programme est avant tout attribuable à la mise à disposition d’un financement adapté et au soutien apporté par une équipe d’assistance technique compétente.

Notes de bas de page :

1 Avec une croissance de 3,1 % – contre 5 % pour le PIB du pays (Banque mondiale, 2014).
2 Le FEM réunit 183 pays qui travaillent en lien avec des organisations issues de la société civile, avec des institutions internationales et avec le secteur privé pour relever les défis environnementaux mondiaux.
3 L’assistance technique est fournie par la KAM, avec l’appui de l’AFD et du Fonds fiduciaire UE Afrique pour les infrastructures (EU-AITF).
4 La Banque coopérative du Kenya (Cooperative Bank) a été élue en 2013 « Banque la plus verte » dans le cadre des Energy Management Awards, pour sa réactivité en matière de financement de projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique pour les PME et les grandes entreprises.

Références / Banque mondiale, 2014.  Kenya economic update: anchoring high growth – can manufacturing contribute more? Edition n°11. Washington, DC. Décembre.