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Cet article est extrait du numéro 23 sur le social Business

La question de l’arbitrage entre rendements financiers, sociaux et environnementaux continue à dominer le débat sur l’impact investing. Bamboo Finance estime, pourtant, qu’il n’est pas nécessaire de sacrifier les profits pour obtenir un plus grand impact social et environnemental. Notre société a la conviction qu’il est possible de maximiser les deux à la fois en investissant dans le capital d’entreprises qui fournissent des biens et services essentiels aux consommateurs à faibles et moyens revenus dans les économies émergentes. Ces ménages en consomment déjà (santé, énergie, services financiers, agriculture, etc.), mais paient souvent cher pour une qualité médiocre. L’accès à des produits ou services de base innovants et/ou de meilleure qualité peut avoir un impact positif immédiat sur leur qualité de vie. Il est ainsi possible d’atteindre simultanément des objectifs d’impact et de rentabilité sans aucun compromis.

L’impact investing n’en est véritablement qu’à ses débuts. Tandis que certains secteurs semblent suffisamment matures pour l’investissement, d’autres en sont encore à tester la viabilité de leurs modèles économiques. La microfinance a été un des premiers terrains d’expérimentation de l’impact investing. De nouveaux services financiers ont vu le jour pour mieux répondre aux besoins des populations non bancarisées. Ces services, tournés vers les consommateurs à faibles revenus, constituent un secteur à croissance, valeur et impact élevés, en témoigne l’investissement de Bamboo dans un groupe financier mongol (ENCADRÉ). En outre, les opportunités en matière d’investissement à impact fleurissent dans l’énergie propre, l’agriculture et les soins de santé.

Une réussite côté impact et rentabilité

En 2009, Bamboo Finance a pris une participation dans le groupe financier mongol TenGer (TFG). Xac Bank, activité principale du groupe, a démarré comme une institution de microfinance à but non lucratif en 2001 et est devenu progressivement la quatrième banque de Mongolie, proposant des prêts immobiliers et des services bancaires mobiles aux PME. En 2013, Xac Bank est devenu une banque commerciale réglementée, réputée pour sa transparence, sa bonne gouvernance et ses pratiques de crédit équitables, avec plus de 500 000 clients dans 21 provinces, 97 agences et un actif total de 800 millions de dollars. Elle commercialise des produits dits à « impact » (prêts verts, micro-assurance et produits d’épargne). Bamboo Finance a alors cédé sa participation à un groupe d’investisseurs dirigé par ORIX Corporation, plus grande société de leasing au Japon et troisième dans le monde, doublant sa mise et dépassant le TRI visé de 20 %. Ensemble, ces indicateurs représentent un « rendement total ».

Bamboo Finance estime qu’il est possible de générer un « rendement total » en se concentrant sur des marchés et secteurs spécifiques, dans des entreprises offrant un accès à des biens et services abordables, de haute qualité pour des clients à faibles revenus. Mais il importe de mesurer la performance de l’impact régulièrement. Cela suppose une proximité avec l’entreprise investie pour définir la meilleure approche et l’adapter si nécessaire.

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Quand Bamboo Finance évalue une opportunité d’investissement, il apprécie non seulement le risque et les rendements financiers potentiels, mais aussi le risque social et environnemental ainsi que le potentiel de création de valeur. Un investissement avec des profits potentiels élevés mais des approches sociales et/ou environne- mentales non responsables sera sous-optimal et ne passera pas le « seuil d’efficience » d’un investissement d’impact chez Bamboo Finance.
Dans cette optique de « rendement total », la société commence par déterminer si l’investissement potentiel fournit des biens et services essentiels abordables pour des communautés à faibles revenus, peu ou mal desservies, si cela améliore la qualité de vie ou contribue à l’amélioration de leurs revenus.
Quand ces critères sont satisfaits, Bamboo analyse les opérations, le modèle économique, la gestion, la gouvernance, la performance financière ainsi que le contexte macro-économique (produit intérieur brut, stabilité politique et environnement réglementaire, etc.). Bamboo travaille avec la société bénéficiaire pour développer une vision commune de sa performance financière, sociale et environnementale sur la durée de l’investissement (de 5 à 8 ans pour les investissements en fonds propres).

Les deux acteurs recensent les impacts et les suivent sur une base trimestrielle, en parallèle des résultats financiers. Bamboo siège aux conseils et comités des sociétés investies et établit un lien entre ses propres performances en tant que gestionnaire de fonds d’impact et les performances financières et d’impact de ces sociétés. Le gestionnaire mesure et contrôle aussi la performance financière et d’impact au niveau de son portefeuille. Pour refléter cette approche dans l’organisation, Bamboo dispose d’un régime d’intéressement (carried interest1) basé à la fois sur les performances financières et d’impact.

Le moment semble venu de redéfinir le « risque » pour inclure les facteurs qui sont préjudiciables à l’avenir de notre planète et qui encouragent les inégalités et les exclusions. Il est essentiel de redéfinir la notion de « rendement » pour inclure les bénéfices des facteurs sociaux et environnementaux. Un nombre croissant d’investisseurs et leurs clients commencent à se questionner sur l’impact de leurs investissements, comme en témoignent l’essor du mouvement Divest/ Invest2 et les récents engagements concernant le changement climatique et l’impact investing. L’investissement a un rôle central à jouer dans la lutte pour la paix, contre la pauvreté et le changement climatique. Le maintien du statu quo, du « business as usual » n’est plus possible.

Notes de bas de page :
1 Le carried interest est la part de la plus-value réalisée par un fonds de capital investissement et revenant à ses dirigeants.
2 Mouvement de désengagement des investissements dans les combustibles fossiles à forte intensité en carbone.

RÉFÉRENCES :
Saltuk, Y., Bouri, A., Leug, G., 2011. Insight into the Impact Investment Market: An in-depth analysis of investor perspectives and over 2,200 transactions. J.P. Morgan and the Global Impact Investing Network. Décembre