La sous-représentation des étudiants africains dans les meilleures universités internationales soulève la question de la qualité de l’enseignement alors même que la mobilité étudiante africaine est l’une des plus élevées au monde. Entre manque de candidatures de qualités, faible reconnaissance des diplômes locaux et méthodes d’enseignement encore traditionnelles, l’école africaine présente de nombreuses possibilités d’amélioration. Enko Education, tout en abordant la complexité du système éducatif africain, se propose de relever ce défi.

Les étudiants africains sont sous-représentés dans les meilleures universités du monde. Parmi les 900,000 étudiants étrangers aux Etats Unis, pays le plus ouvert aux étudiants visiteurs, seuls 31,000 d’entre eux sont originaires d’Afrique Sub-Saharienne 1.

Augmenter le nombre d’étudiants africains dans ces établissements prestigieux offrirait pourtant de multiples avantages. Ceux qui choisissent de rentrer dans leurs pays d’origine (les « repats », par opposition aux « expats ») bénéficient d’une meilleure employabilité, d’un réseau plus développé, et d’une compétence entrepreneuriale affirmée. Ceux qui décident de rester dans leurs pays d’études –le plus souvent les pays développés- se voient proposer des salaires élevés, et peuvent ainsi envoyer régulièrement de l’argent au pays. Au Sénégal, 67% 2 des envois d’argent de la diaspora sont destinés à financer l’éducation d’autres membres de la famille. Dans les deux cas, l’accès d’étudiants africains aux meilleures universités de la planète a un fort impact sur le développement économique du continent.

REPARTITION PAR CONTINENT DES 500 UNIVERSITES DU CLASSEMENT DE SHANGHAILa sous-représentation des étudiants africains dans les universités réputées ne se résume pas à des contraintes financières. L’Inde, pays dont le poids démographique et le PIB par habitant sont similaires à ceux de la région sub-saharienne, envoie 100,000 étudiants aux Etats-Unis, soit trois fois plus que l’Afrique. De plus, les étudiants Africains trouvent déjà les fonds pour étudier hors de leur pays : d’après l’Unesco, environ 10% des étudiants Camerounais effectuent leurs études supérieures en dehors de leur pays d’origine, cinq fois la moyenne mondiale.

Le problème se situe au niveau de l’enseignement secondaire. L’objectif d’une scolarisation universelle en primaire, dans le sillage des Objectifs de Développement du Millénaire, a concentré les efforts pour des résultats certes encourageants : le taux net de scolarisation en primaire est passé de 58% 3 en 1999 à 76% en 2010. Mais une fois sortis du primaire, deux élèves sur trois ne voient pas les bancs du collège ou du lycée. Ceux passant en 6ème (ou équivalent) se retrouvent dans des classes surpeuplées accueillant jusqu’à 120 ou 150 élèves, comme au Lycée d’Etoug Ebe à Yaoundé 4, reçoivent un enseignement ultra traditionnel axé essentiellement sur la mémorisation, et passent des examens nationaux peu standardisés délivrant des diplômes non reconnus en dehors des frontières de leur pays.

Le développement d’écoles secondaires de qualité est le maillon indispensable pour que les élèves talentueux intègrent de bonnes universités et contribuent par la suite au développement du continent.

Sous-représentation et mobilité : comment expliquer un tel décalage ?

Les étudiants africains sont parmi les plus mobiles du monde. Il est donc paradoxal de ne pas les retrouver dans les plus grandes universités.

La première raison invoquée tient au faible nombre de candidatures de qualité. Rob Garcia, directeur des admissions au Massachussetts Institute of Technology (MIT), explique que « les dossiers de candidatures d’étudiants d’Afrique Subsaharienne représentent moins de 1% de l’ensemble des candidatures … de plus, parmi les candidatures que nous recevons, rares sont celles qui respectent les standards classiques demandés par les universités américaines » 5. Chaque université et chaque pays a des procédures d’admissions uniques, pas toujours déchiffrables sur les sites d’information disponibles publiquement. Etant donné la faiblesse du réseau d’étudiants actuels et anciens, les nouveaux candidats ont peu de chance de trouver le soutien indispensable pour les motiver, leur servir d’exemple et les accompagner.

J’ai dû faire semblant d’être malade afin de passer mon examen de SAT. Le directeur de mon établissement ne m’aurait pas autorisé à manquer une journée de cours.

Etudiant  d’Harvard d’origine camerounaise

Une autre raison est le manque de reconnaissance des diplômes nationaux des candidats. Pour les grandes universités, l’absence de standardisation des diplômes nationaux rend la lecture des candidatures africaines encore plus difficile. Forte de 54 pays avec autant de programmes nationaux, sans harmonisation, l’Afrique rend complexe la comparaison des différents diplômes. De plus, les taux de réussites aux examens sont volatiles d’une année à l’autre. Au Cameroun, par exemple, si 59%6 des lycéens sont sortis diplômés du cycle secondaire en 2010, ils n’étaient que 39% en 2011 : de tels écarts fragilisent la crédibilité d’un diplôme puisque hors évènement exceptionnel, les taux de réussite devraient être similaires d’une année à l’autre.

Figure 2 : Taux de réussite aux examens de fin de lycéee

Taux de reussite

Enfin, les méthodes d’enseignement traditionnelles centrées autour du professeur et basées sur la mémorisation, encore pratiquées par la majorité des écoles d’Afrique subsaharienne conviennent peu aux exigences internationales où analyse et réflexion personnelle des étudiants sont clairement encouragées. Dans la majeure partie des pays du continent, l’enseignement secondaire nécessite une refonte en profondeur des curriculums, de méthodes d’organisation des examens et des systèmes de formations d’enseignants.

En outre, l’explosion démographique prévue sur le continent accentue la pression sur les systèmes existants et limitent les possibilités de transformation. D’ici à 2030, ce ne sont pas moins de 130 millions 7 d’enfants de plus qu’il faudra scolariser en Afrique Subsaharienne. Ne serait-ce que pour scolariser ces élèves, sans améliorer les conditions d’enseignements, les gouvernements devront dépenser annuellement 150 milliards de dollars8 de plus, soit quasiment le double de leur dépenses actuelles.

Pourtant, l’effort déjà déployé est colossal puisque le continent consacre 5%9 de son PNB aux dépenses d’éducation, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale de 4.7% et en ligne avec les niveaux atteints dans des pays tels que la France ou les Etats Unis. Dans de nombreux pays, le budget dédié à l’éducation est de loin le premier budget de l’Etat. C’est le cas du Sénégal qui y consacre 35% de son budget 10.

Face à l’ampleur d’un tel défi, le secteur privé a la possibilité de venir en appui aux efforts des Etats et Institutions Internationales.

L’essor du secteur privé

Les acteurs privés ont un rôle décisif à jouer dans le développement de l’offre éducative dans les pays émergents. Le nombre d’écoles privées y grandit actuellement plus rapidement que celui des écoles publiques. En Afrique du Sud, cette croissance en est à ses prémices : le nombre d’élèves inscrits dans le public a chuté de 9%11 l’année dernière tandis qu’il a crû de 44% dans le secteur privé. Le Nigeria, le Ghana et le Kenya affiche les mêmes tendances 12. Les différents pays du continent suivent les évolutions relevées dans les pays asiatiques. En Chine 13 et en Inde 14, la population étudiante scolarisée dans des établissements privés a augmenté de 8% et 6% respectivement, alors que les établissements publics peinent quant à eux à attirer les élèves avec une croissance de 1% par an en Inde et une contraction de 2% en Chine.

L’autre élément déterminant observé dans les pays asiatiques est le développement des écoles internationales privées. Les parents sont de plus en plus nombreux à désirer que leurs enfants reçoivent une éducation aux standards internationaux, menant à un diplôme reconnu et fournissant une bonne préparation pour aller étudier dans les universités majeures. En Chine, le réseau Dipont incarne cette croissance : les 6 000 étudiants des écoles Dipont bénéficient de programmes internationaux les menant au Baccalauréat International (IB), au A-level de Cambridge, au Advanced Placement, des diplômes reconnus mondialement.

tauxLes écoles internationales privées se sont développées de manière marginale en Afrique Subsaharienne : le réseau des écoles françaises comprend 105 écoles15 tandis que les réseau des écoles IB en comprend seulement 52 16 . Ces écoles,nées initialement pour servir les populations, restent réservées à une élite avec des frais de scolarités moyens de 12,000 euros par an. Une initiative similaire au réseau Dipont émerge : Enko Education. En développant des écoles secondaires internationales destinées aux étudiants locaux issus de la classe moyenne, le réseau basé à Johannesburg offre à ses élèves l’opportunité d’obtenir le diplôme International Baccalaureate (IB) devenu rapidement le standard en matière d’éducation internationale, et véritable clé d’entrée vers les plus grandes universités.

Le programme du Baccalauréat International propose une préparation moderne plaçant les élèves au centre de l’enseignement en les poussant à s’approprier leur expérience éducative, et positionnant l’enseignant comme un facilitateur plutôt que comme la source unique du savoir. Outre les traditionnelles matières académiques, telles que les langues vivantes, les mathématiques, l’histoire ou encore les lettres, le curriculum pousse les élèves à développer leur esprit critique, leurs qualités interpersonnelles et leur faculté de gestion de leur temps. Il s’agit là d’autant de qualités « douces » indispensables dans la société moderne mais très peu développées dans les écoles locales traditionnelles, tant privées que publiques.

Adzo Ashie, manager régionale de l’IB pour l’Afrique confie : « Les curriculums IB préparent mieux que n’importe quels autres curriculums à l’accession dans les grandes universités ».

En effet, d’après le Higher Education Statistics Agency 17, 40% des élèves IB intègrent les universités du TOP 20 britannique contre 20% pour les titulaires d’autres diplômes. L’étude montre de plus que les élèves IB ont plus de chance que les autres de décrocher une mention et un emploi mieux rémunérateur. Aux Etats Unis, les élèves peuvent avoir jusqu’à 40% de chance en plus d’intégrer une université américaine (figure 3).

L’enjeu pour Enko Education a été d’élargir drastiquement l’accès au Baccalauréat International en réduisant considérablement les frais de scolarité et de les placer à la portée de la classe moyenne africaine 18. Selon les écoles et les classes d’âge, les frais s’établissent entre 1,900 euros et 3,000 euros l’année. Des aides financières sont disponibles pour les enfants issus de milieux défavorisés – les plus brillants peuvent voir l’intégralité de leur scolarité offerte.

Pour alléger sa structure de coûts et offrir des frais de scolarité quatre fois moins important que ceux de la moyenne des autres écoles internationales, Enko Education a fait deux choix majeurs : focaliser ses investissements sur l’éducatif plutôt que sur les infrastructures et recruter un corps éducatif local.

Nous investissons prioritairement dans la formation des enseignements et les équipements pédagogiques tels que les salles informatiques et les laboratoires, plutôt que dans la construction d’un bâtiment ou la mise en place d’infrastructures sportives luxueuses, que nous arrivons toujours à louer à des prix beaucoup plus attractifs » souligne Eric Pignot, co-fondateur et Directeur des Opérations à Enko Education.

Le corps éducatif d’Enko Education est recruté exclusivement en local.

Nous recrutons les meilleurs enseignants locaux, en leur proposant des salaires attractifs et les formons de manière intensive pour qu’ils obtiennent leur certification IB.

Au-delà d’alléger la structure de coûts – les autres écoles internationales s’appuient sur des enseignants étrangers et doivent s’acquitter des coûts d’expatriation – Enko Education crée des emplois stables et qualifiés dans la région.

Nous envisageons la création de 1200 postes dans les cinq prochaines années », ajoute Eric Pignot.

Par ailleurs, Enko développe une plateforme centrale de soutien aux écoles pour leur apporter économies d’échelles, produits et services qu’aucune école individuelle ne pourrait s’offrir.

Ce pilotage rigoureux et inédit permet à Enko Education de croire en un développement à grande échelle de son réseau d’écoles privées. Son business model innovant lui permet une maîtrise des coûts et de la qualité, tout en élargissant l’accès de la population éligible à l’éducation internationale.

L’éducation en Afrique, une opportunité pour les investisseurs

Face aux difficultés rencontrées par l’éducation publique, dont les ressources budgétaires ne permettent pas de répondre à la totalité des besoins de la population, les écoles privées se multiplient. Ces écoles offrent une solution aux parents de la classe moyenne émergente africaine, qui sont prêts à payer pour offrir une meilleure éducation à leurs enfants.

Ce développement des écoles privées concerne l’ensemble de la population sans se résumer aux élites, contrairement aux pays occidentaux. Le développement des écoles privées destinées aux familles modestes en est l’exemple le plus frappant. Ces écoles (low-fee private schools) regorgent d’innovations afin de maitriser les coûts tout en améliorant la qualité. Les écoles Bridge International Academies au Kenya, exploitent technologies, données, et économies d’échelles pour standardiser au maximum l’approche éducative. Les enseignants livrent leur cours en parcourant des tablettes numériques les guidant grâce à un contenu élaboré spécifiquement par une équipe d’experts. Bridge a levé plus de 100illions de dollars depuis son démarrage auprès de la SFI, d’Omidyar Network, de Bill Gates, de Mark Zuckerberg, de la CDC, de la DFID et d’autres 19.

Ciblant la classe moyenne sud-africaine, le groupe Curro possède 42 campus accueillant 36,000 élèves. Le groupe, côté en Afrique du Sud, prévoit 90,000 élèves en 2020. Son chiffre d’affaires a doublé entre 2014 et 2016, passant de 60 millions d’euros à 120 millions d’euros. Lorsque les écoles auront atteint 75% de capacité, le management du groupe atteindra des marges d’EBITDA comprises entre 35% et 40% 20.

Pour les investisseurs, le secteur de l’éducation privée en Afrique s’affiche comme un secteur très attractif. La demande pour une éducation privée de qualité est immense, tirée par la croissance démographique, la plus forte au monde, et le développement d’une classe moyenne ayant acquis la conviction que l’éducation de ses enfants est un investissement prioritaire. Le secteur offre une excellente visibilité car non-cyclique et peu dépendant des aléas économiques. Enfin, les taux de marge offrent des perspectives très attrayantes de retour sur investissement.

Enko Education est un réseau d’écoles internationales en pleine expansion en Afrique Subsaharienne. En proposant un programme de renommée mondiale à un prix abordable pour la classe moyenne locale la start-up favorise la démocratisation de l’éducation secondaire moderne et de qualité. Afin de permettre aux élèves excellents mais dont les revenus du foyer ne permettent pas de couvrir les frais de scolarité d’accéder à une excellente éducation internationale gratuitement, la start-up a mis en place un système de bourse au mérite. Présent à Johannesburg à Yaoundé et à Maputo, la start-up lance 4 nouveaux établissements à la rentrée 2016 à Douala et Abidjan. Les résultats des écoles Enko sont prometteurs, quatre élèves de la promotion camerounaise ont été admis en Summer camp dans la prestigieuse université de Yale aux Etats-Unis.
1. Présentation expansion
2. Vision – démocratisation
3. Résultats

Notes de bas de page :

1 Unesco – statistiques de mobilité des étudiants du supérieur
2 http://www.prb.org/Publications/Articles/2012/remittances-subsaharan-africa.aspx
3 http://www.inegalites.fr/spip.php?article881#nb1
4 Jean de Marta, proviseur du Lycée Bilingue d’Etoug Ebe, contacté par Enko Education
5 Interview accordée par Rob Garcia à Enko Education
6 http://www.journalducameroun.com/article.php?aid=17868
7 OCDE 2012, retraité par Enko Education
8 World Bank, retraité par Enko Education
9 Unesco –Financing Education in sub-Sarahan Africa – 2011
10 http://www.seneweb.com/news/Education/35-du-budget-national-consacres-a-l-education-ministre_n_98125.html
11 http://www.bdlive.co.za/opinion/2013/08/01/the-rise-of-low-fee-private-schools-can-only-benefit-south-africa
12 The Parthenon Group
13 http://www.mckinseychina.com/the-state-of-play-in-chinas-private-education-market/
14 http://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/role-of-private-sector-on-K-12-education-in-India/$FILE/EY-role-of-private-sector-on-K-12-education-in-India.pdf
15 www.aefe.fr
16 http://www.ibo.org/programmes/find-an-ib-school/
17 http://www.ibo.org/ib-uk/students-parents/the-higher-education-statistics-agency-2016-report-key-findings/
18 Cette classe moyenne aux limites encore floues est difficilement définissable : selon l’Ipsos il serait plus juste de parler d’une classe moyenne inférieure, dont le foyer gagne entre 12 et 25 dollars par jour, et d’une classe moyenne supérieure dont les revenus atteignent entre 25 et 50 dollars par jour. In Le Monde Afrique, La taille de la classe moyenne africaine divise les experts.
19 Etude Dalberg : http://www.dalberg.com/wp-content/uploads/2016/04/Private-investments-in-SSA-education.pdf
20 ABSA : rapport de broker https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=12&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiJn5Pgg-bMAhWmA8AKHca7AN4QFghWMAs&url=https%3A%2F%2Fwww.absastockbrokers.co.za%2Fabsa-public%2FostCMSDownload.xsp%3Fuid%3DA80D423A73AF825D42257EC80051F65B&usg=AFQjCNGDXd2wKeQH3IKgtUSB5dToS6ZSbA&sig2=zLpsNxbYKf65et_40eUSrw