Assurance Secteur financier

L’assurance-vie en Afrique subsaharienne francophone

Cet article résume, en partie, les travaux des professeurs Aymeric Kamega et Frédéric Planchet : « Présentation du marché de l’assurance vie en Afrique subsaharienne francophone », Université de Bretagne occidentale / EURIA, Université de Lyon I / ISFA et Winter & Associés, 2012. Il se réfère également aux différentes communications à l’occasion du 40e anniversaire de la FANAF en février 2016 à Abidjan (Côte d’Ivoire).
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Une version amendée de cet article a été publiée par Jeune Afrique, dans le cadre d’un partenariat avec Secteur Privé & Développement

Tous les individus sont soumis à des aléas, y compris en matière d’espérance vie, qui peuvent avoir de lourdes conséquences financières. Par exemple, le décès d’un chef de famille peut priver ses proches (femme, enfants, parents) de revenus. De même, les personnes âgées sont également susceptibles de rencontrer des difficultés financières si elles ne disposent pas d’une épargne suffisante et qu’aucun proche n’est en mesure de les aider. Il convient de permettre aux individus de se protéger contre ces risques. Les sociétés d’assurances privées fournissent des services d’assurance sur la vie, dont le principe s’appuie sur plusieurs méthodes de gestions des risques (incitation à la précaution, mutualisation des risques, partage des risques, transfert des risques, etc.).

Dans les pays d’Afrique subsaharienne francophone, assimilés aux pays des zones CIMA (Conférence interafricaine des marchés de l’assurance) et FANAF (Fédérations des sociétés d’assurance de droit national africaines), l’assurance vie classique évolue lentement, malgré les progrès enregistrés chaque année. Elle représente moins d’un tiers du chiffre d’affaires de l’assurance en zone FANAF et le taux de pénétration (total des primes/PIB) atteint seulement 0,2 % (schéma Evolution des primes directes vie). La Côte d’Ivoire est le principal marché avec 110,5 milliards de francs CFA, soit 39 % du marché FANAF, suivi par le Cameroun (16 %) et le Sénégal (9 %). Cette position s’explique, en partie, par le dynamisme de l’économie ivoirienne et son importance régionale (schéma Répartition des primes vie par pays).

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La CIMA, un instrument d’intégration unique

En Afrique francophone, les marchés d’assurances sont organisés, depuis 1995, par la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA). Cette organisme supranational, aux pouvoirs étendus de supervision, est l’aboutissement d’un processus d’uniformisation du secteur, initié depuis 1962 (encadré).

Histoire de l’assurance en Afrique francophone

Sous sa forme actuelle, l’assurance privée se développe en Afrique francophone à partir du XIXe siècle. Elle est alors principalement gérée par des assureurs de l’ancienne puissance coloniale. Après les indépendances (années 1960), chaque pays se dote d’une législation propre sur les assurances qui repose pour l’essentiel sur la loi française du 13 juillet 1930 et le règlement d’administration public français de 19383.

En juillet 1962, la convention de la Conférence internationale de contrôle des assurances (CICA), à Paris, entérine la volonté des pays d’Afrique francophone d’harmoniser les législations et les réglementations nationales, de coordonner l’exercice du contrôle des entreprises, ainsi que la formation des cadres africains d’assurances.

Dix ans plus tard, la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) encourage les pays en développement à créer des sociétés d’assurance à capitaux totalement ou majoritairement nationaux avec des dirigeants nationaux.

Enfin, en 1995, entre en vigueur un code des assurances commun à 14 pays d’Afrique (CIMA).

 

Ratifié par 13 pays d’Afrique francophone1 et la Guinée Bissau, le traité de la CIMA a permis la transformation progressive des marchés d’assurances nationaux en un grand marché panafricain avec des règles et une autorité communes.

En ce sens, il compte avec un code des assurances, qui définit la relation des entreprises du secteur avec les assurés et leurs règles de gestion. Cette organisation est unique au monde. Les États signataires ont renoncé à une part de leur souveraineté : c’est la Commission régionale des contrôles des assurances (CRCA) qui est l’organe unique qui octroie et retire les agréments des sociétés exerçant dans les États membres.

Depuis sa création, la zone CIMA a enregistré des évolutions positives. Elle est arrivée pour compléter l’existence d’autres institutions, tels que l’Institut internationnal des assurances (IIA, formation des cadres de direction), la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) ou encore la Compagnie commune de réassurance des États membres de la CICA (CICA-Re). Plusieurs agréments ont, par exemple, été retirés à des sociétés mal gérées, et des avertissements et des blâmes adressés à des dirigeants non respectueux des règles. La couverture des risques a été améliorée et adaptée aux réalités locales, tandis que la table de mortalité, fondée sur l’observation de la population en général, a été remplacée en 2013 par une table d’expérience fondée sur l’observation de la population des assurés.

Malgré ces évolutions, des difficultés subsistent sur les marchés de la CIMA, surtout dans la branche vie (décès et épargne retraite). Ces difficultés sont liées aux contextes locaux (limites des services de contrôle dans les États membres, escroquerie à l’assurance, caractéristiques socio-économiques des populations, etc.) et aux limites opérationnelles des assureurs (imperfection des données, manque de personnel qualifié, opportunités restreintes dans la gestion financière des placements, etc.). Elles ont pour conséquence d’entretenir le déficit de confiance, l’existence d’une offre mal adaptée et, in fine, la non couverture d’une part importante de la population.

Un horizon néanmoins prometteur

Malgré un développement timide de l’assurance en Afrique, et plus singulièrement de l’assurance vie en Afrique francophone, les évolutions structurantes du continent, qui s’appuient sur des tendances socio-économiques de fond, permettent d’être raisonnablement optimiste quant à l’avenir du secteur de l’assurance en Afrique. Parmi celles-ci, l’émergence d’une classe moyenne avec un pouvoir d’achat nettement amélioré, la stabilisation politique progressive avec des alternances sans heurts, mais aussi le renforcement des dispositions réglementaires sur l’ensemble des marchés africains de l’assurance et l’émergence de groupes régionaux (SUNU, NSIA, SAHAM, etc.). À quoi s’ajoutent une plus grande intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale et un taux de pénétration grandissant de la téléphonie mobile, qui représente un outil de distribution prometteur pour les assureurs. Ces tendances socio-économiques devront être organisées pour tracer des évolutions structurantes. L’explosion démographique de l’Afrique, combinée à l’émergence de classes moyennes avec un pouvoir d’achat plus élevé, créera d’importantes capacités contributives et une demande accrue en matière d’assurance vie. Les difficultés croissantes des régimes de retraite par répartition devraient également favoriser cette demande.

Du côté des assureurs, leur offre est appelée à évoluer. La vente en ligne s’organise et se développe, entraînant une réduction des coûts de distribution sur l’ensemble des marchés. Il se dessine également une amélioration et une diversification des produits d’assurance vie, notamment grâce à l’innovation dans la bancassurance.

 

Organisation de l’assurance vie

Le marché de l’assurance vie en Afrique s’organise autour de trois « dispositifs » : la famille et la communauté (dispositif informel de solidarité traditionnelle), les institutions publiques qui sont, à l’instar de la Cipres dans les pays de la zone franc, en charge de la protection sociale (soins médicaux, prestations familiales, de maternité, d’invalidité, de vieillesse, d’accident du travail ou de maladie professionnelle, etc.3) et, enfin, les assureurs privés (dispositifs formels).

 

Atteindre les « assurés émergents » avec des produits adaptés

Pour favoriser le développement de l’assurance en Afrique, les acteurs du secteur ont plusieurs défis à relever : des défis liés au pilotage des produits et au lancement d’une nouvelle offre (instauration d’assurances obligatoires), à la distribution, au statut des intermédiaires et à leurs conditions d’exercice dans la profession, ainsi que des enjeux de performance opérationnelle induits par le recours à de nouveaux canaux de distributions et aux NTIC, de ressources humaines (formation continue), d’environnement réglementaire (taille des entreprises) et de contrôle, d’amélioration de la gestion actif/passif, etc. Les incitations fiscales auront également une influence certaine sur l’essor du secteur : les associations nationales et la FANAF travaillent de façon constante à la sensibilisation des pouvoirs publics locaux sur les différentes mesures fiscales incitatives pour les épargnants.

Est-ce que la solution à ces défis permettra de trouver et d’atteindre les assurés émergents ? À savoir ces individus dont le revenu s’est amélioré, susceptibles de dégager un surplus qui peut être affecté à d’autres biens parmi lesquels la prévoyance. Il appartient aux assureurs de définir de nouvelles stratégies commerciales, avec des produits adaptés pour toucher les classes moyennes africaines qui représentent près de 34 % de la population du continent.

Notes de bas de page :

1 Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, République centrafricaine, Tchad et Togo. Les Comores, signataires du traité, ne l’ont pas encore ratifié.
2 La loi du 13 juillet 1930 définit les relations entre la société d’assurance et les assurés. Le règlement d’administration public de 1938 définit, lui, les règles de gestion d’une société d’assurance.
3 Ces diverses prestations sont généralement organisées en régimes et en branches. Par exemple, le régime des fonctionnaires ou celui relevant du code du travail.