Depuis 2013, la start-up mPharma a essayé de construire une infrastructure et un système de suivi des médicaments qui relie patient, hôpitaux et pharmacies. Son objectif est de permettre aux médecins de connaître la localisation et la disponibilité exacte des médicaments, en temps réel, et aux patients d’avoir un meilleur accès aux médicaments.

Cet article est extrait du numéro 28 sur le médicament en Afrique.

Ces derniers temps, l’une des plus belles réussites en matière de santé dans le monde a été la réduction du coût annuel des médicaments princeps contre le VIH/Sida, qui est passé de 10 439 dollars en 2000 à 347 dollars en 2011. Sur la même période, l’introduction des traitements génériques a fait chuter le coût annuel du traitement à 61 dollars environ, comme on peut le voir dans le graphique fourni par Médecins Sans Frontières (figure). Avec le soutien financier d’organisations comme le Fonds mondial, PEPFAR ou la fondation Clinton, plus de 5 millions de patients en Afrique subsaharienne étaient traités en 2011 1.

Médecins sans Frontières (MSF), Untangling the web of antiretroviral price reductions, 2011 (p.7). À lire sur Internet : https ://d2pd3b5abq75bb.cloudfront.net/2012/07/16/14/42/23/52/UTW_14_ENG_July2011.pdf

Même s’il reste encore beaucoup de travail pour que 100 % des malades du sida soient traités en Afrique, les résultats ont été jusqu’à présent pour le moins spectaculaires et louables. Chez mPharma, cette histoire nous inspire tous les jours. Elle démontre que lorsque différents intervenants dans le champ de la santé se rassemblent sur une vision commune, des miracles peuvent être accomplis. Nous avons tiré les leçons de cette réussite afin de repenser la façon dont les produits pharmaceutiques sont fournis, prescrits et distribués en Afrique.

Lorsque différents intervenants dans le champ de la santé se rassemblent sur une vision commune, des miracles peuvent être accomplis.

Qu’est-ce que mPharma ?

mPharma est un gestionnaire de médicaments prescrits sur ordonnance, pour les fournisseurs et les payeurs en Afrique. Nous gérons l’inventaire des médicaments pour les fournisseurs et concevons le régime d’assurance-médicaments pour les payeurs. À l’heure actuelle, mPharma opère dans trois pays d’Afrique (le Nigéria, le Ghana et la Zambie), alimentant près de 20 000 patients chaque mois, via un réseau de plus de 70 hôpitaux et cliniques à Lagos, Warri, Port Harcourt, Benin, Aba, Accra, Kumasi, Cape Coast, Lusaka et Ndola. mPharma cherche à bâtir des données intelligentes ainsi qu’un support informatique au niveau de la vente au détail, qui soutiendront le futur système de santé africain.

Si CVS Health, QuintilesIMS et McKesson avaient un enfant, il s’appellerait mPharma. Notre start-up construit une version plus modulable de CVS Health en Afrique en utilisant le modèle de Airbnb. Ce modèle permet à mPharma de créer un monolithe pharmaceutique étroitement couplé (sur un continent doté d’un marché pharmaceutique de détail extrêmement fragmenté) avec un effet de levier sur les prix, la distribution et les remboursements.
mPharma a développé un logiciel de gestion de la chaîne d’approvisionnement qui permet de mettre en place une gestion des stocks pour les prestataires de soins de santé en Afrique. mPharma prend en charge l’approvisionnement de détail et les pharmacies hospitalières en gérant les opérations pharmaceutiques à distance via l’infrastructure fournie par une technologie exclusive. Cela implique que grâce à notre logiciel, nous utilisions les données à notre disposition pour prévoir la demande et que nous commandions les médicaments au prix le plus bas auprès de nos fournisseurs (distributeurs et fabricants) en raison des volumes additionnés et prévus dans les hôpitaux et les pharmacies de détail de notre réseau.

mPharma fournit des médicaments en dépôt à toutes les pharmacies. Ainsi, les revenus sont basés sur les ventes réelles de médicaments aux patients et non sur ce que nous fournissons aux hôpitaux selon une fréquence définie. Ceci crée un modèle économique de rupture pour les hôpitaux et les pharmacies, parce que différent du modèle traditionnel de « paiement au fournisseur » qu’offrent les distributeurs. Ce modèle améliore le fonds de roulement et les flux de trésorerie pour les hôpitaux et les pharmacies.

PRO-Revue N28-FR-P16-Sur 100 dollars de depensesUne meilleure chaîne d’approvisionnement pour améliorer la disponibilité et l’accessibilité

En Afrique, la chaîne d’approvisionnement des médicaments est bâtie sur un modèle de données « Push ». Ce qui signifie que les distributeurs doivent attendre de recevoir une commande de la part des fournisseurs avant de leur livrer des médicaments. Le modèle « Push » est construit sur des systèmes de données cloisonnés entre les distributeurs et les fournisseurs. Et en définitive, les deux parties sont incapables de prévoir la demande, ce qui conduit à de fréquentes ruptures de stock.

Un modèle « Pull » est basé sur un système de données intégrées qui offre aux distributeurs un accès en temps réel à des données anonymes provenant des fournisseurs et concernant les dérogations des patients. Au lieu d’attendre qu’un fournisseur envoie une commande avant de lui livrer des médicaments, un distributeur peut utiliser les données de dérogation qu’il reçoit pour fixer les niveaux de réassorts appropriés. Une nouvelle commande est automatiquement déclenchée quand le stock atteint le niveau de réassort et pousse le distributeur à fournir les médicaments sans que le fournisseur ne se manifeste. Les intérêts financiers du fournisseur sont alignés sur ceux du distributeur, si le stock est fourni en consignation. Ceci permet au distributeur et au fournisseur de créer un monolithe étroitement couplé capable de négocier agressivement les prix avec les entreprises pharmaceutiques.

De meilleurs modèles de paiement pour un meilleur accès des patients au traitement

Selon l’OMS, sur 100 dollars dépensés pour la santé au Nigéria, 23 sont financés par le gouvernement, 2 par des payeurs privés et une grosse partie – 75 dollars – provient des usagers. Environ 90 % des patients africains paient les services de leur poche. L’accessibilité économique des médicaments pour les patients non remboursés a induit des comportements qui ont exacerbé des conditions chaotiques. Des recherches montrent que l’observance d’un traitement peut être influencée par l’incapacité de financer un traitement visant des médicaments contre certaines maladies chroniques et non transmissibles (par exemple, les traitements oncologiques et cardio-vasculaires) . mPharma cherche à créer un programme qui comble l’écart entre les contraintes financières et la non observance, afin d’améliorer, à terme, le bien-être du patient. En répartissant le coût d’un médicament sur une longue période pour les patients solvables, nous cherchons à réduire l’impact du coût sur l’observance à traitement (figure).

PRO-Revue N28-FR-P17-Fonctionnement de mPharma

Il faut repenser la façon dont les patients paient pour leur santé, que ce soit via des programmes d’assurance garantis par le gouvernement ou des modèles de paiement innovants pour les dépenses à leur charge.

Il faut repenser la façon dont les patients paient pour leur santé, que ce soit via des programmes d’assurance garantis par le gouvernement ou des modèles de paiement innovants pour les dépenses à leur charge. Nous ne pouvons améliorer et garantir l’accès à des traitements innovants si nous ne fixons pas la structure des coûts nécessaire pour fournir ces soins médicaux. Selon l’enquête Aon 2018 sur les tendances médicales globales (the Aon 2018 Global Medical Trend rates Survey), le Moyen-Orient et l’Afrique connaissent le second taux de croissance net des coûts médicaux, avec 7,6 %, comparé à une moyenne globale de 5,4 %. Cette croissance est due à une augmentation dans les taux d’incidence pour les maladies non transmissibles. Cette tendance ne fera qu’empirer si nous n’adoptons pas une approche proactive pour réduire le coût des traitements. À mPharma, nous voulons jouer un rôle, même petit, pour faire en sorte que chaque patient obtienne le médicament dont il a besoin, indépendamment de son statut socio-économique. Surtout avec Mutti, qui offre des médicaments de bonne qualité (par exemple des traitements oncologiques, cardio-vasculaires… en général des médicaments très chers) à des prix abordables pour les patients.

Note de bas de page :

1 UNAIDS, 2012 UNAIDS Report on the Global AIDS Epidemic, 2012.