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La création de départements spécialisés au sein des banques constitue une tendance de fond de ces dernières années. Les PME constituent en effet un relai de croissance pour les banques. Généralement, une équipe entièrement dédiée aux PME est mise en place ; et des critères d’analyse des dossiers et de suivi des financements, spécifiquement adaptés au cas des PME, sont définis. Sous la forme de deux entretiens « miroirs », Proparco a souhaité donner la parole à des institutions financières et des acteurs innovants sur le marché des nouvelles technologies*, qui agissent en faveur de l’accès au financement des PME.

Cet article est extrait du numéro 32 sur le financement des PME en Afrique

PROPARCO : DEPUIS QUAND LE SEGMENT DES PME EST-IL CONSIDÉRÉ COMME STRATÉGIQUE POUR VOTRE ÉTABLISSEMENT ?

Société Générale : Les entreprises dans leur ensemble, et quelle que soit leur taille, constituent un axe de développement majeur du Groupe Société Générale en Afrique, et cela depuis toujours. Le focus particulier sur le marché des PME est néanmoins plus récent, même si nous les accompagnons depuis de très longues années dans tous nos pays.

Sonibank
: Depuis 2003, nous avons placé le financement des PME/PMI au centre de notre stratégie, compte tenu de l’importance de ce secteur dans le tissu économique du pays. Il est en effet considéré comme le moteur du développement du secteur privé et est générateur de valeur ajoutée.

BEAUCOUP D’ÉTABLISSEMENTS BANCAIRES ONT DÉSORMAIS MIS EN PLACE UNE « STRATÉGIE PME ». QUELLE EST L’APPROCHE ADOPTÉE PAR VOTRE ÉTABLISSEMENT ?

Advans : Nous avons développé une approche d’analyse crédit plus adaptée au business model d’une PME qu’à celui d’un micro-entrepreneur. Cela afin de mieux prendre en compte la complexité et la diversité des chaînes d’approvisionnement, ainsi que des activités en expansion parfois rapide. Cette méthodologie PME est partagée par toutes les filiales du Groupe, avec une flexibilité donnée à chacune pour l’adapter et rendre d’autant plus efficace le processus d’analyse de crédit. L’objectif étant de protéger nos clients du risque de surendettement ou d’impayé, quelle que soit la complexité de leur activité.

Nous avons également développé une offre complémentaire – de crédits à court terme – qui permet de répondre de façon pertinente à la diversité des besoins de financement des PME : avance sur factures, financement de bons de commande, escomptes. C’est en permettant aux entrepreneurs d’être réactifs sur leurs marchés que nous accompagnons leur croissance. Au Cameroun, par exemple, nous avons développé une gamme de crédits complémentaires permettant aux entrepreneurs de débloquer des sommes additionnelles à leur crédit productif en cours, pour faire face rapidement à un surplus d’activité ou saisir une opportunité commerciale.

Plus globalement, c’est l’ensemble du parcours client que nous avons adapté. Au Nigeria par exemple, nous avons développé un service de « collecte mobile VIP » pour que nos clients n’aient plus besoin de se déplacer pour rembourser leur échéance mensuelle et puissent se concentrer sur leur activité. Nous avons également lancé une application1 permettant aux clients de réaliser l’ensemble de leurs transactions à distance.

Baobab Mali : De notre côté, plusieurs stratégies ont été mises en place : un parcours PME permettant une prise en charge rapide et personnalisée en fonction des besoins réels du client ; la création d’une tranche intermédiaire de PME, pour s’adapter à la situation socioéconomique du Mali ; la réduction des taux d’intérêt par rapport aux taux en vigueur pour les TPE ; une plus grande souplesse dans les conditions de décaissement, ou encore la mise en place d’une garantie flexible.

Sonibank : Le financement des PME étant au centre de la stratégie de Sonibank, son organisation et ses procédures sont entièrement structurées pour répondre à leurs besoins. Le financement des investissements des PME/PMI nécessite des ressources stables. Nous avons ainsi négocié et obtenu des lignes de refinancement auprès d’institutions financières régionales et internationales, pour pallier le manque de ressources longues pouvant affecter notre mission d’appui au secteur privé nigérien.

Un dispositif a également été mis en place à travers un partenariat avec un établissement financier chargé d’accompagner les promoteurs des PME/ PMI dans les études, le montage de dossiers et l’accompagnement.

CETTE STRATÉGIE VOUS A-T-ELLE PERMIS DE RÉPONDRE À DES BESOINS DE FINANCEMENT DES PME QUI N’ÉTAIENT PAS SATISFAITS JUSQU’ICI ?

Baobab Mali : En effet ! Notre mission est de rendre nos services accessibles aux personnes exclues du système financier classique. Aussi, dans un contexte de financements difficile au Mali, les ajustements qui ont été réalisés nous ont permis de mieux répondre aux besoins des PME à Bamako et en région.

UDB : L’Uganda Development Bank a été à même de répondre aux besoins des PME, en particulier en matière de durée, de structuration et de taux d’intérêt. Nous calibrons nos interventions au cas par cas, en fonction des besoins du client.
Nous n’adhérons pas à l’approche « taille unique pour tous » qui caractérise souvent les banques commerciales classiques.

En ce qui concerne la maturité des prêts, elle peut aller jusqu’à 15 ans selon la nature du projet, la date prévisionnelle d’achèvement de sa mise en oeuvre et les cash-flows associés. Les échéances de remboursement des crédits sont structurées en fonction du calendrier de mise en oeuvre du projet, du profil de cash-flow attendu, et de tout autre élément spécifique au projet, qui pourrait s’avérer pertinent. Une période de grâce initiale est également envisageable jusqu’à 36 mois. Les entreprises agricoles dûment organisées sous la forme de sociétés anonymes ou de coopératives peuvent bénéficier de prêts de groupe ou de financements, un schéma particulièrement adapté au soutien du secteur agricole primaire et à la consolidation des sources d’approvisionnement pour les entreprises de transformation. Nos taux d’intérêt sont aussi très raisonnables. Là où ils peuvent atteindre 22 % ou davantage auprès des banques commerciales, UDB propose des taux annuels de 12 à 15 % sur les financements à long terme en shillings ougandais (UGX). Notre banque finance aussi bien des entreprises existantes qu’en création.
De ce fait, notre encours de prêt a augmenté de 79 % en trois ans, passant de 169 milliards d’UGX en 2016 à 302 milliards en 2018.

 

* Les réponses ont été obtenues par le biais d’un questionnaire envoyé à chacune des institutions bancaires. Leurs réponses ont ensuite été compilées puis mises en forme.
1 Advans Mobile