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Entretien avec Ravi Shankar, Directeur, Africure Pharmaceuticals ; Michelle Espinach, Responsable « Sustainable Bank », Banco Promerica ; Patrick Joseph, Contrôleur auditeur régional, Mission laïque française

 

Africure Pharmaceuticals, groupe indien actif en Afrique subsaharienne, Banco Promerica, banque costaricaine présente en Amérique latine, et la Mission laïque française, dont le réseau d’écoles couvre près de 40 pays, ont en commun d’avoir bénéficié d’un programme d’accompagnement technique fourni par Proparco. Ces acteurs de la santé, de la banque et de l’éducation analysent dans cet entretien les bénéfices qu’ils en ont tiré en termes de renforcement de capacités, de valorisation de leur offre, d’amélioration de processus ou encore de bonnes pratiques E&S.

 

SP&D : QUEL EST LE DOMAINE D’ACTIVITÉ DE VOTRE ORGANISATION ?

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : Africure Pharmaceuticals a été créée autour d’une vision, celle de proposer aux citoyens africains une offre de santé accessible et de qualité. Nous sommes convaincus que la fabrication locale est l’avenir de l’industrie pharmaceutique dans la région. De ce fait, notre première préoccupation est la mise en place de capacités de production sur le continent africain, conformément à notre devise « Fabriqué en Afrique, par des Africains, pour l’Afrique ». Chez Africure, notre engagement est d’apporter des réponses aux problèmes qui concernent l’Afrique, à savoir la dépendance aux importations, l’accessibilité des prix, le chômage, les enjeux technologiques et les médicaments contrefaits.

Michelle Espinach (Banco Promerica) : Banco Promerica a été fondée par quatorze personnes dans un petit immeuble de San José, la capitale du Costa Rica. C’était alors la définition même d’une PME. Trente ans plus tard, nous sommes la quatrième banque du secteur privé du pays. Nous croyons aux PME et à l’impact qu’elles peuvent avoir sur l’économie costaricaine. Dans notre portefeuille d’activités, nos clients sont à 70 % des PME et à 30 % des grandes entreprises.

Patrick Joseph (Mission laïque française) : La Mission laïque française (MLF) est une association à but non lucratif créée en 1902 et reconnue d’utilité publique. Elle a pour objet la diffusion de la langue et de la culture françaises dans le monde, par un enseignement laïque, plurilingue et interculturel. Implantées dans 37 pays, les 108 écoles du réseau de l’association scolarisent, de la maternelle à la terminale, plus de 61 000 élèves. En Afrique, MLF est implantée dans plusieurs pays dont le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, l’Égypte, la République démocratique du Congo (RDC) et l’Éthiopie.

 

DE QUELLE FAÇON BÉNÉFICIEZ-VOUS D’UN ACCOMPAGNEMENT TECHNIQUE (AT) ?

Michelle Espinach (Banco Promerica) : L’ensemble des unités opérationnelles de la banque comprennent tout l’intérêt à travailler avec les institutions de financement du développement (IFD) et autres fonds d’investissement ayant recours à l’accompagnement technique. Nos clients eux-mêmes sont conscients de ces avantages, dans la mesure où la plupart des projets d’AT leur bénéficient également. Récemment, nous avons orienté directement vers eux une partie de l’accompagnement reçu. Nous avons une vraie culture de l’apprentissage permanent, et l’AT nous permet de renforcer nos capacités, d’améliorer nos processus, de développer de nouvelles expériences client et de communiquer de façon durable sur nos actions. Avec Proparco, nous avons reçu un accompagnement technique pour le renforcement et la valorisation de notre offre à destination des PME. Les recommandations de la société de conseil ont été particulièrement utiles.

Patrick Joseph (MLF) : Nous sommes accompagnés par Proparco sur des projets d’implantation ou de restructuration d’établissements scolaires ainsi que de centres de formation. Nous avons actuellement deux centres qui font l’objet de cet appui, au Maroc et en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, Proparco nous appuie sur les projets d’efficacité énergétiques au Maroc, en Éthiopie et en Égypte. Sur des aspects environnementaux et sociaux (E&S), l’AT permet de monter en compétence et de bénéficier d’expertises extérieures.

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : Proparco nous a accordé une subvention technique étalée sur une période de trois ans. Celle-ci a permis de soutenir l’amélioration de la qualité de notre infrastructure, la formation de nos salariés et d’autres intervenants du secteur, ainsi que la transmission aux différentes équipes d’Africure des connaissances relatives à la qualité des systèmes de gestion. Pour une entreprise en croissance comme la nôtre, il arrive un moment où il faut décider de l’allocation du capital, et le fait d’avoir un financement dédié et un budget consacré à une constante amélioration, à la fois interne et externe, nous a permis de nous concentrer sur cet aspect fonctionnel en particulier.

 

QUEL EST L’IMPACT DE CE SOUTIEN SUR VOTRE ORGANISATION ET SUR VOS NORMES ?

Michelle Espinach (Banco Promerica) : L’accompagnement technique crée de la valeur au sein de l’organisation, et c’est l’un des avantages que nous retirons de notre travail avec les IFD et les fonds d’investissement. Ces derniers procurent à l’organisation des ressources lui permettant de mettre en avant des domaines qui, en général, manquaient jusque-là d’appui. L’AT nous aide donc à avancer plus vite et à structurer des projets qui apportent de nouveaux volumes d’affaires, assurent le développement des compétences dans les équipes et transmettent les meilleures pratiques, venues d’autres régions du monde.

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : Nous sommes en mesure de superviser en continu la mise en œuvre effective de notre démarche qualité à travers des audits programmés, et de suivre les plans d’action qui en découlent. Nous sommes fiers d’être, à tout moment, prêts à accueillir un audit dans nos unités de production. Cette priorité à la qualité a infusé toute la culture de notre organisation, et de celles et ceux qui y travaillent. La subvention d’accompagnement technique accordée par Proparco nous a aidés dans notre démarche de mise en conformité avec les normes en vigueur et dans nos objectifs de responsabilité sociétale, en lien avec notre démarche qualité. Dans le cadre des livrables du programme d’AT, ces initiatives nous ont mis en contact avec les organismes de réglementation, qui nous considèrent comme un partenaire fiable et très exigeant sur la qualité.

Patrick Joseph (MLF) : À partir du moment où nous définissons des critères, par exemple environnementaux et sociaux, cela suppose d’être en capacité de les prendre en compte sur la durée, ce qu’offre l’accompagnement technique. Plus globalement, l’AT permet de répondre aux exigences financières et techniques que nous fixent nos bailleurs. L’AT a donc un impact sur la définition et l’exigence de nos actions et, in fine, sur notre stratégie et nos résultats.

 

COMMENT L’APPUI DE L’AT VOUS PERMET-IL DE MIEUX CONTRIBUER AU DÉVELOPPEMENT DES PME DANS LES PAYS OÙ VOUS ÊTES PRÉSENTS ?

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : Parce que nous opérons en Afrique, nous achetons beaucoup de produits et de services localement, c’est pourquoi de nombreuses PME figurent parmi nos fournisseurs. Il nous serait impossible de mettre en place des processus de qualité si ce qui nous vient de nos fournisseurs n’était pas du même calibre. Nous avons dispensé des formations à beaucoup d’entre eux, grâce aux subventions d’AT dont nous avons bénéficié. Nous les avons aidés, notamment à travers des audits, à établir une traçabilité et des processus standardisés, ce qui leur a permis de faire évoluer leurs systèmes et de nous fournir des produits et des services de tout premier ordre.

Patrick Joseph (MLF) : Nous n’avons pas toujours les capacités suffisantes pour développer de nouveaux marchés dans nos pays d’intervention. Nous sommes toutefois pilotes sur certains enjeux E&S. C’est le cas par exemple en Éthiopie, où nous avons installé une station d’épuration que nous souhaitons mettre à disposition d’autres acteurs économiques locaux. De la même façon, en Égypte et au Maroc, nous visons, via une offre d’accompagnement technique, la norme haute qualité environnementale (HQE).

Michelle Espinach (Banco Promerica) : Grâce à l’accompagnement technique que nous a fourni Proparco, nous avons pu adopter une nouvelle approche dans notre processus d’octroi de crédit pour les PME, en réduisant le nombre des critères requis, en accélérant les démarches et en inaugurant des canaux inédits pour atteindre de nouveaux clients. Cet accompagnement de Proparco nous a globalement permis d’améliorer notre offre et sa valeur ajoutée.

 

DANS QUELLE MESURE L’ACCOMPAGNEMENT TECHNIQUE PERMET-IL DE DÉVELOPPER DE NOUVELLES CIBLES COMMERCIALES ?

Patrick Joseph (MLF) : L’éducation est un marché mondial, qui est aussi un marqueur social dans certains pays. À partir du moment où notre offre est reconnue, avec des critères E&S forts, cela stimule le marché et impacte nos concurrents – anglo-saxons le plus souvent – qui sont sur le même créneau que nous.

Michelle Espinach (Banco Promerica) : L’accompagnement technique fourni par Proparco nous a aidés à identifier une opportunité majeure, à savoir l’utilisation de nos agences pour l’octroi de prêts, mais aussi à créer des postes de chargés d’affaires polyvalents, susceptibles de fournir au client l’ensemble des services dont il a besoin.

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : En tant qu’organisation privilégiant les enjeux de qualité, nous sommes bien positionnés pour initier des partenariats avec des organismes gouvernementaux ou de grandes entreprises pharmaceutiques. Nonobstant notre taille, nos systèmes et nos dispositifs de contrôle sont comparables à ceux de ces grands établissements. L’AT nous a permis de rester attractifs pour nos clients, lesquels nous perçoivent comme un fabricant digne de confiance. Cela nous permet de prospecter pour établir de nouvelles relations commerciales, les développer et les transformer en relations à long terme. Nos concurrents et nos pairs nous considèrent comme l’une des meilleures entreprises du secteur.

 

AVEC LA COVID-19, QUELS SONT LES NOUVEAUX BESOINS EN MATIÈRE D’AT ?

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : La pandémie a affecté nos activités en réduisant nos marges, en raison des dépenses importantes engagées pour la gestion de la crise, mais aussi d’une augmentation du coût des matières premières et des frais de transport. Il est donc important de revisiter son modèle économique – et de rectifier le tir si nécessaire. Nous avons fait preuve de résilience et en sommes ressortis plus forts. En outre, nous pensons que le périmètre de l’AT peut être élargi au développement de nouveaux produits ou nouvelles technologies.

Michelle Espinach (Banco Promerica) : Ce sont les PME qui ont été les plus touchées par la crise liée à la pandémie de Covid-19. Elles ont donc besoin de moyens supplémentaires pour adapter leur activité à cette « nouvelle normalité ». Banco Promerica leur a accordé un répit en étalant les maturités de prêts, mais elle leur a aussi fourni des boîtes à outils pour améliorer leurs activités. Nous avons par exemple développé un dispositif de ce type pour le secteur du tourisme grâce à l’accompagnement technique du fonds d’investissement allemand eco.business Fund.

 

QUELLES SONT, À CE STADE, VOS PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT ?

Ravi Shankar (Africure Pharmaceuticals) : Les opportunités de croissance sont illimitées. Je crois que tous les pays d’Afrique subsaharienne engagés sur la voie de l’autosuffisance ont la capacité d’héberger une usine de fabrication. La situation à laquelle nous avons été confrontés pendant l’épidémie de Covid a provoqué une prise de conscience chez beaucoup de gouvernements. Ceux-ci ont remis l’accent sur la nécessité de commencer à bâtir des capacités locales de fabrication, et Africure est là pour les soutenir dans la mesure du possible. Nous poursuivons notre objectif de mettre en place une nouvelle unité de production tous les deux ans, et de gérer aux mieux les usines qui rencontrent des difficultés, pour en faire des exemples de réussite. Il ne serait pas étonnant qu’Africure dispose d’une dizaine d’usines dans les cinq ans à venir.

Michelle Espinach (Banco Promerica) : Nous espérons que la crise sanitaire sera bientôt derrière nous. Malheureusement, la crise climatique est là, elle aussi. Nous devons donc accompagner les entreprises qui sont dans nos portefeuilles, mais aussi nos futurs clients, vers une économie bas carbone. Ce sera l’une de nos priorités à l’avenir, une autre consistant à soutenir l’émergence et la réussite d’un nombre croissant d’entreprises dirigées par des femmes.

Patrick Joseph (MLF) : Ces perspectives sont étroitement liées au développement des classes moyennes des pays émergents dans lesquels nous sommes implantés. Dans ces pays, les familles sont très sensibles au fait que nous garantissons un accompagnement dans l’enseignement et de bonnes conditions d’accueil. Ce sont des enjeux très importants.

 


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Au Cameroun, le patronat élabore le premier code de bonne gouvernance d’Afrique centrale

En 2019, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) a décidé de proposer aux entreprises – publiques et privées – un cadre de référence en matière de gouvernance. Le Groupe AFD, via une action conjointe de l’AFD et de Proparco, accompagne techniquement et financièrement cette initiative qui s’inscrit pleinement dans son objectif d’appui aux transitions économiques et financières.

Concrètement, en plus de la mise à disposition de ses experts internes, le Groupe AFD permet la mobilisation auprès du Gicam d’un cabinet international spécialisé en bonne gouvernance, Nestor Advisors, pour l’élaboration et la promotion de ce code. Premier dispositif de ce type en Afrique centrale, celui-ci viendra doter le Cameroun de référentiels de gouvernance à jour, reflétant les contraintes et besoins locaux tout autant que les bonnes pratiques internationales de gouvernance. Ce nouveau code permettra par ailleurs de renforcer la confiance des actionnaires et autres parties prenantes dans les entreprises locales.

 


Africure Pharmaceuticals

Africure est un fabricant et distributeur de produits pharmaceutiques génériques essentiels (paracétamol, antibiotiques de base, antimalaria…) dont le siège social est basé en Inde. Actif dans toute l’Afrique subsaharienne, le groupe a inauguré au Cameroun, en 2018, sa première usine de fabrication de génériques sur le continent africain. Cette opération lui permet de se positionner comme l’un des rares acteurs présents sur toute la chaîne de valeur pharmaceutique en Afrique.


Banco Promerica

Banco Promerica est une banque universelle qui propose des services financiers aux entreprises et aux particuliers. La quatrième banque privée du Costa Rica, membre du groupe régional Promerica Financial Corporation (PFC), est présente dans neuf pays d’Amérique latine. À la suite d’une participation croissante dans le segment des PME, Banco Promerica propose des produits innovants adaptés aux besoins des petites entreprises qui, depuis le début de la crise, doivent faire face à de nouvelles difficultés.


Mission laïque française

Association française à but non lucratif reconnue d’utilité publique, la Mission laïque française (MLF) est à la tête d’un réseau de 108 établissements d’enseignement français à l’étranger scolarisant plus de 60 000 élèves dans 37 pays. La MLF agit par ailleurs en tant qu’opérateur de l’État et/ou d’entreprises dans le cadre d’actions de coopération éducative.