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La diversification des outils de financement proposés aux petites et moyennes entreprises (PME) apparaît comme une voie à explorer pour améliorer les relations banques-PME. L’inclusion financière des PME basée sur le numérique, par exemple, se développe rapidement. Les fintech génèrent ainsi des écosystèmes numériques qui permettent de cartographier, développer et monétiser les besoins. Néanmoins, le développement de ces produits se heurte, d’une part, au fait qu’ils sont souvent étrangers à la culture des PME et, d’autre part, aux dispositions réglementaires généralement peu favorables à ces instruments spécialisés. Sous la forme de deux entretiens « miroirs », Proparco a souhaité donner la parole à des institutions financières et des acteurs innovants sur le marché des nouvelles technologies*, qui agissent en faveur de l’accès au financement des PME.

PROPARCO : À QUEL MOMENT AVEZ-VOUS COMMENCÉ À VOUS INTÉRESSER AU SEGMENT DES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES (PME) ?

Cet article est extrait du numéro 32 sur le financement des PME en Afrique

SA Taxi : Depuis la création de SA Taxi, en 2006, nous nous sommes concentrés sur notre mission, qui consiste à fournir des financements, des assurances et divers autres services aux entrepreneurs du secteur des taxis minibus, afin d’assurer la pérennité de ce dernier. Les cinq principaux moteurs de notre action sont l’inclusion financière, l’autonomisation des PME, la création d’emplois pérennes, le développement des infrastructures de transport et les préoccupations environnementales.

Lidya : Les PME sont depuis toujours au coeur de notre modèle. La plateforme de services financiers Lidya, développée par nos soins, a permis aux PME nigérianes d’accéder au crédit – bien souvent pour la première fois. Elle a ainsi contribué à combler le déficit de financement aux PME, qui atteint 92 milliards de dollars au Nigeria.

À l’échelle mondiale, on estime que seulement 15 % des PME ont accès aux financements nécessaires à leur croissance, alors qu’elles représentent jusqu’à 52 % du PIB et 88 % des emplois. Sur les marchés émergents, les prêteurs classiques ne sont pourtant pas en mesure de leur apporter des crédits en quantité suffisante, car elles sont souvent difficiles d’accès et induisent des coûts de service élevés. Beaucoup d’entre elles sont donc encore insuffisamment financées.

Tunisie Leasing : A sa création, Tunisie Leasing a d’abord prospecté la clientèle « corporate », notamment pour des raisons de risque. Mais l’économie tunisienne étant dominée par les PME, la croissance du secteur du leasing a elle aussi été tirée par leur développement. C’est pour cette raison que nous avons été amenés à revoir notre organisation dès les premières années, de façon à être préparés à devoir gérer une demande importante et présentant un niveau de risque supérieur à la clientèle « corporate ».

AVEZ-VOUS SUIVI UN MOUVEMENT DE LA CONCURRENCE OU BIEN VOTRE APPROCHE VOUS A-T-ELLE JUSTEMENT PERMIS DE VOUS DISTINGUER DE CETTE DERNIÈRE ?

Tunisie Leasing : Nous sommes pionniers en matière de leasing en Tunisie. Nous avons toujours travaillé de manière à conserver une avance par rapport à nos concurrents, en maintenant une veille sur l’évolution des meilleures pratiques de notre secteur et en nous dotant des outils nécessaires pour améliorer notre gestion, à la fois sur le plan commercial et sur le plan des risques.

Lidya : Lydia a été un acteur précurseur dans la mise en place d’un modèle de crédit en ligne permettant de couvrir l’ensemble du territoire du Nigeria, afin de dimensionner et de déployer aisément une offre de financement à laquelle aient accès toutes les PME du pays.

Parmi les PME qui bénéficient des services de prêteurs traditionnels, l’expérience client laisse pour le moins à désirer. Le traitement d’une demande de prêt peut prendre jusqu’à six semaines, le prêteur exige parfois jusqu’à 130 % de collatéral, et les crédits d’un montant inférieur à 50 000 dollars (18 millions de nairas) sont rarement accordés. Avec Lidya, les crédits sont octroyés sous 24 heures, sans exigence de collatéral et pour des montants qui commencent à 150 dollars seulement (50 000 nairas).

Au Nigeria, la proportion élevée de prêts non performants (PNP) tend à éloigner encore les PME dans l’ordre de priorité d’accès au financement. Les PNP s’élèvent en effet en moyenne à 10 % pour les prêteurs traditionnels et 45 % pour les prêteurs alternatifs. Chez Lidya, en revanche, ce ratio n’est que de 0,6 %.

VOTRE APPROCHE ET LES OUTILS QUE VOUS AVEZ PU METTRE EN PLACE VOUS ONT-ILS PERMIS DE RÉPONDRE AUX BESOINS DE FINANCEMENT DES PME ?

Tunisie Leasing : Depuis notre création, nous avons ouvert la porte à des entreprises qui ne sont pas « bancarisables » du fait de leur taille, d’un manque de visibilité sur le niveau de leurs activités ou bien en raison de leur incapacité à fournir des garanties. La proximité de nos équipes commerciales avec nos clients, le développement de méthodes d’appréciation du risque adaptées à chaque taille d’entreprise et à chaque secteur d’activité, l’utilisation des scores d’octroi et le recouvrement efficient en cas d’impayé, nous ont permis de répondre efficacement aux besoins d’une clientèle non servie par les banques, tout en maîtrisant le risque.

SA Taxi : Oui, tout à fait ! SA Taxi vient combler un déficit de financement crucial, en accordant des crédits à des entrepreneurs qui, sans cela, se verraient exclus de l’économie formelle compte tenu de leur profil de crédit. Environ 12 millions de Sud-Africains appartiennent à la catégorie des personnes « non bancarisées », et cette part significative de la population est donc limitée à un nombre très réduit de canaux pour accéder aux capitaux.

À travers le financement d’un actif générateur de revenus, et en nous assurant que les bénéfices produits par cet actif sont suffisants pour couvrir le remboursement de la dette tout en garantissant un moyen de subsistance à son propriétaire, nous sommes convaincus d’avoir un impact positif à la fois sur l’inclusion financière et sur le développement du patrimoine net de nos clients.

Lidya : Absolument ! Le service proposé par Lidya fait l’objet d’une forte demande de la part des propriétaires de petites entreprises, dans tous les secteurs de l’économie et sur l’ensemble du territoire nigérian. Lidya a déjà octroyé plus de 6 500 prêts à 1 500 entreprises. En 2017, un peu moins de 2 millions de dollars de prêts avaient été accordés ; ce total est passé à 10 millions de dollars en 2018. En 2019, nous devrions atteindre au rythme actuel près de 30 millions de dollars d’encours de crédit, et devenir ainsi le principal prêteur en ligne pour les PME au Nigeria.

 

* Les réponses ont été obtenues par le biais d’un questionnaire envoyé à chacune des entreprises. Leurs réponses ont ensuite été compilées puis mises en forme.